"Chante, Déesse, du Pèlèiade Akhilleus la colère désastreuse, qui de maux infinis accabla les Akhaiens, et précipita chez Aidès tant de fortes âmes de héros, livrés eux-mêmes en pâture aux chiens et à tous les oiseaux carnassiers. Et le dessein de Zeus s’accomplissait ainsi, depuis qu’une querelle avait divisé l’Atréide, roi des hommes, et le divin Akhilleus."
Ainsi commence le récit de la guerre de Troie, un récit racontant la mort tragique d'hommes et de femmes exceptionnels pour quelque chose de vague comme l'amour de la plus belle. Chacun de ses héros avait leur raison de se battre et beaucoup ont connus un destin tragique. Penthésilée est posé sur le matelas étendu sur le sol qui lui sert de lit, lisant les récits d'exploit passé. Pour elle qui ne fait plus différence entre mensonge et vérité, elle cherche dans un récit millénaire, déformé par les âges.
Penthésilée a supplié l'Olympe de lui donnait une réponse. N'importe quoi, même la damnation éternelle aux Tartares, l'anathème absolu, lui aurait convenu. Mais pour l'instant, chaque prière, chaque offrande, lui avait été rendu par le silence des cieux. La fille d'Arès n'était pas connue pour sa patience, mais pour son caractère entreprenant. Alors si elle doit lire l'Iliade, un livre ô combien lourd, pour chercher trace de son passé, alors, elle le fait.
Son appartement est sale et mal entretenu, de la moisissure pend au plafond dans les coins, sa fenêtre, du simple vitrage, laisse voir des traces noires de pollution aux angles et sur le haut de la fenêtre. Les murs sont garnis d'une vieille peinture défraîchie. L'ensemble de l'appartement fait ancien, bien loin de ses années de gloire. Il est au reflet de l'image mentale de celle qui l'habite, un appartement qui devait être sympa quand il fut construit et qui est maintenant épuisé et n'a connu que trop peu d'entretiens. En-dehors des toilettes et de la salle de bains, la maison de Thétis est une salle unique contenant un coin cuisine à l'américaine, un lit et une table avec deux chaises. En somme, un appartement fonctionnel contenant uniquement le plus basique. Le sol est jonché de vêtement sale, qui s'avère n'être que les vêtements du jour, un pantalon cargo de travail et un tee-shirt de couleur unie blanc, mais devenue jaune à cause de la poussière de carton que la belle, c'est pris au travail. On peut aussi voir au-dessus du tas, le soutien-gorge de Penthésilée qui lui faisait mal à la poitrine en cette fin de journée et qu'elle a préféré quitter. L'ancienne reine est assise sur son lit qui n'est pas fait. Ses jambes sous sa couette, le dos posé contre son coussin qui fait le contact avec le mur. Elle est habillée d'un tee-shirt aux couleurs d'un groupe de death metal que la belle ne connaît pas. Le tee-shirt, aux coupes masculines, est trop grand pour elle. Le bas, un petit short de sport. Tout laisse croire que ce sont les vêtements dans lesquels elle dort.
L'Iliade n'est qu'un point de départ, l'ouvrage s'arrête à la mort d'Hector, or cet après la mort d'Hector que la reine apparaît. Elle avait promis de défendre Troie à sa place si elle venait à échouer, avec le résultat qu'on connaît. La reine doit bien rafraîchir, voir découvrir certains éléments de cette histoire, mais la source n'est pas des plus fiables. Les mortels ont déformé cette histoire qui ne fut écrite que 700 années après l'événement. Autant dire que pour la belle reine, la source n'est pas la plus utile, mais parfois, il vaut mieux avoir l'illusion d'agir que de se laisser à la mollesse.
"Et que, d’abord, chacun aiguise sa lance, consolide son bouclier, donne à manger à ses chevaux, s’occupe attentivement de son char et de toutes les choses de la guerre, afin que nous fassions tout le jour l’œuvre du terrible Arès. Et nous n’aurons nul relâche, jusqu’à ce que la nuit séparent les hommes furieux. La courroie du bouclier préservateur sera trempée de la sueur de chaque poitrine, et la main guerrière se fatiguera autour de la lance, et le cheval fumera, inondé de sueur, en traînant le char solide. Et je le dis, celui que je verrai loin du combat, auprès des nefs éperonnées, celui-là n’évitera point les chiens et les oiseaux carnassiers."
Agamemnon, bien embêter de l'absence du plus puissant de ces guerriers après la mort de son amant et cousin, encourage ses hommes à se préparer pour le combat. Penthésilée lit ce passage quand ses sens se mettent en alerte. Elle sent quelque chose, quelque chose qui lui rappelle des souvenirs. L'aura d'un olympien. Elle-même ne se cache pas, mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller à un manque de prudence. Les grands anciens sont doués dans l'art de la duperie, jouer de ses espoirs serait bien à leur porté. La belle se lève, esquivant par ses pieds nus les cadavres de bouteille de bière qu'elle a vaincue et qui sont parfaitement alignés comme des quilles, entassées, au nombre de 16. Elle se rapproche de la porte, prenant la batte de baseball qui était proche de la porte et la met sur son épaule, prête à frapper. Son œil profite du Judas pour surveiller l'extérieur, avant d'ouvrir la porte, cherchant la source de son état. La reine pense à sa voisine Maria, une brave femme dont, si la mort devrait advenir par sa faute, lui serrerai le cœur.
- Ares
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Le silence qui suivit l'ouverture de la porte fut étrange; ni rassurant, ni menaçant. Simplement étrange. Le palier était vide… ou presque.
Un pic-vert se tenait là, parfaitement immobile. Ses petites griffes agrippaient le vieux lino de l'immeuble tandis que ses yeux noirs observaient la reine qui avait finalement ouvert la porte, avec une attention méthodique. L'oiseau n'avait rien d'ordinaire. Quelque chose dans sa présence paraissait déplacé, comme si sa place n'était pas dans ce couloir grisâtre, entre les boîtes aux lettres cabossées et les murs jaunis par des décennies de tabac.
Puis le volatile poussa un cri. Ce ne fut pas le cri d'un pic-vert, davantage le chant d'un coq. Le son résonna dans l'appartement comme un écho venu d'un autre monde. Un instant plus tard, quelques plumes blanches tombèrent du plafond : une, puis une autre, puis plusieurs.
Elles dérivèrent lentement dans l'air avant de se poser sur le sol sale parmi les bouteilles vides et les vêtements abandonnés. L'espace sembla alors se froisser, comme une page que l'on replie, comme un rideau que l'on écarte, comme si quelque chose avait toujours été là sans que personne ne l'ait remarqué.
Entre la table et la kitchenette se tenait désormais un homme… ou quelque chose qui s'en rapprochait. Une longue toge rouge sombre tombait jusqu'à ses sandales. Pas un pli ne semblait avoir échappé à l'attention de son propriétaire. Une fibule d'airain retenait l'étoffe sur son épaule. Sous un bras reposait une tablette chargée de notes et de documents. Plusieurs rouleaux dépassaient également d'une sacoche de cuir usée par le temps.
Son visage, en revanche, appartenait à un coq. Non pas au ridicule animal des basses-cours, mais à quelque antique souverain de son espèce. Son plumage blanc encadrait son cou avec la dignité d'une barbe de philosophe. Sa crête rouge évoquait davantage une couronne que l'attribut d'un animal. Quant à son regard sombre, il possédait cette fatigue particulière que l'on ne rencontre que chez ceux ayant passé plusieurs millénaires à gérer les problèmes des autres.
Le nouveau venu ne prêta aucune attention à la batte de baseball. Il observait l'appartement. Longuement. Très longuement. Son regard passa sur les bouteilles alignées, puis sur les vêtements, puis sur les traces d'humidité, puis sur la moisissure, puis de nouveau sur la moisissure.
Le silence dura encore plusieurs secondes. Enfin, il consulta sa tablette.
« Bien. » Il releva les yeux vers le plafond. « Je constate que l'adresse est correcte. » le volatile marqua nouvelle pause. « Ce qui est décevant. » Son regard retourna vers la moisissure. « J'espérais sincèrement m'être trompé d'appartement. »
Le pic-vert poussa un cri depuis le palier.
« Ne commence pas, Agammenon. » L'oiseau protesta immédiatement. « Je me moque de ce qu'aurait fait l'autre Agamemnon. » Un nouveau cri. « Les conditions de logement des personnes convoquées ne relèvent pas de notre service. » Un autre cri. « Je sais. » Encore un. « Je sais également que c'est regrettable. » Le pic-vert sembla satisfait de cette réponse. L'homme-coq nota quelque chose sur sa tablette avant de reporter son attention vers le lit. Son regard venait de tomber sur l'Iliade. Cette fois, le silence dura davantage.
« Hm. Homère. Il avait du potentiel. » Un soupir. « Puis il a été surpris à inhaler de la poudre de lotus sur le postérieur de plusieurs nymphes des fleuves en hurlant que le vin, les nymphes et la lyre étaient les trois piliers de toute civilisation. » Il marqua une pause. « Après cela, plus personne n'a réussi à le prendre au sérieux. » Son regard descendit sur l'Iliade. « Lui moins que les autres, d'ailleurs. »
« J'ai toujours trouvé remarquable qu’avec le temps, les mortels aient finalement choisi de retenir ses poèmes plutôt que ses autres activités »
…
« Cela démontre une admirable capacité collective à ignorer les détails embarrassants. »
Le serviteur consulta une nouvelle fois ses documents. Puis referma sa tablette d'un geste sec.
« Alectryon. » Le nom fut donné sans cérémonie, comme s'il s'agissait d'une information administrative parmi d'autres.
« Veilleur des Seuils. Intendant. Gardien des Portes. Gestionnaire des Hérauts. Responsable des cérémonies. Responsable des invités. Responsable des banquets. Responsable des problèmes liés aux banquets. »
…
« Et occasionnellement responsable des problèmes causés par le Seigneur Arès. »
Le ton indiquait clairement que cette dernière catégorie représentait une charge de travail conséquente. Le pic-vert poussa un cri approbateur.
« Merci Agamemnon. »
Alectryon lissa machinalement un pli inexistant sur sa toge. Puis il prit finalement le temps de regarder véritablement la reine des Amazones. Non comme une curiosité, non comme une légende, mais comme quelqu'un qu'il était venu chercher.
« Votre père souhaite vous recevoir. » La phrase tomba avec une simplicité déconcertante, comme s'il annonçait un rendez-vous prévu de longue date, comme si les dieux ne laissaient pas leurs enfants dans l'ignorance durant des millénaires, comme si les réponses qu'elle cherchait n'avaient rien d'exceptionnel. Alectryon consulta une dernière fois ses notes.
« Je serais ravi de vous en dire davantage. » Son bec se referma. « Malheureusement, je n'en sais pas davantage. Le Seigneur Arès a estimé que cette information était suffisante. »
Le regard du vieil intendant dériva un instant vers le plafond.
« J'ai personnellement exprimé un avis différent. » Puis il ajouta, avec toute la lassitude du monde : « Sans résultat. »
…
« Cela fait plusieurs millénaires que nous reproduisons cette expérience. »
…
« Les résultats demeurent remarquablement constants. »
…
« Le Seigneur Arès appelle cela une consultation. »
…
« Le terme me paraît optimiste. »
Un pic-vert se tenait là, parfaitement immobile. Ses petites griffes agrippaient le vieux lino de l'immeuble tandis que ses yeux noirs observaient la reine qui avait finalement ouvert la porte, avec une attention méthodique. L'oiseau n'avait rien d'ordinaire. Quelque chose dans sa présence paraissait déplacé, comme si sa place n'était pas dans ce couloir grisâtre, entre les boîtes aux lettres cabossées et les murs jaunis par des décennies de tabac.
Puis le volatile poussa un cri. Ce ne fut pas le cri d'un pic-vert, davantage le chant d'un coq. Le son résonna dans l'appartement comme un écho venu d'un autre monde. Un instant plus tard, quelques plumes blanches tombèrent du plafond : une, puis une autre, puis plusieurs.
Elles dérivèrent lentement dans l'air avant de se poser sur le sol sale parmi les bouteilles vides et les vêtements abandonnés. L'espace sembla alors se froisser, comme une page que l'on replie, comme un rideau que l'on écarte, comme si quelque chose avait toujours été là sans que personne ne l'ait remarqué.
Son visage, en revanche, appartenait à un coq. Non pas au ridicule animal des basses-cours, mais à quelque antique souverain de son espèce. Son plumage blanc encadrait son cou avec la dignité d'une barbe de philosophe. Sa crête rouge évoquait davantage une couronne que l'attribut d'un animal. Quant à son regard sombre, il possédait cette fatigue particulière que l'on ne rencontre que chez ceux ayant passé plusieurs millénaires à gérer les problèmes des autres.
Le nouveau venu ne prêta aucune attention à la batte de baseball. Il observait l'appartement. Longuement. Très longuement. Son regard passa sur les bouteilles alignées, puis sur les vêtements, puis sur les traces d'humidité, puis sur la moisissure, puis de nouveau sur la moisissure.
Le silence dura encore plusieurs secondes. Enfin, il consulta sa tablette.
« Bien. » Il releva les yeux vers le plafond. « Je constate que l'adresse est correcte. » le volatile marqua nouvelle pause. « Ce qui est décevant. » Son regard retourna vers la moisissure. « J'espérais sincèrement m'être trompé d'appartement. »
Le pic-vert poussa un cri depuis le palier.
« Ne commence pas, Agammenon. » L'oiseau protesta immédiatement. « Je me moque de ce qu'aurait fait l'autre Agamemnon. » Un nouveau cri. « Les conditions de logement des personnes convoquées ne relèvent pas de notre service. » Un autre cri. « Je sais. » Encore un. « Je sais également que c'est regrettable. » Le pic-vert sembla satisfait de cette réponse. L'homme-coq nota quelque chose sur sa tablette avant de reporter son attention vers le lit. Son regard venait de tomber sur l'Iliade. Cette fois, le silence dura davantage.
« Hm. Homère. Il avait du potentiel. » Un soupir. « Puis il a été surpris à inhaler de la poudre de lotus sur le postérieur de plusieurs nymphes des fleuves en hurlant que le vin, les nymphes et la lyre étaient les trois piliers de toute civilisation. » Il marqua une pause. « Après cela, plus personne n'a réussi à le prendre au sérieux. » Son regard descendit sur l'Iliade. « Lui moins que les autres, d'ailleurs. »
« J'ai toujours trouvé remarquable qu’avec le temps, les mortels aient finalement choisi de retenir ses poèmes plutôt que ses autres activités »
…
« Cela démontre une admirable capacité collective à ignorer les détails embarrassants. »
Le serviteur consulta une nouvelle fois ses documents. Puis referma sa tablette d'un geste sec.
« Alectryon. » Le nom fut donné sans cérémonie, comme s'il s'agissait d'une information administrative parmi d'autres.
« Veilleur des Seuils. Intendant. Gardien des Portes. Gestionnaire des Hérauts. Responsable des cérémonies. Responsable des invités. Responsable des banquets. Responsable des problèmes liés aux banquets. »
…
« Et occasionnellement responsable des problèmes causés par le Seigneur Arès. »
Le ton indiquait clairement que cette dernière catégorie représentait une charge de travail conséquente. Le pic-vert poussa un cri approbateur.
« Merci Agamemnon. »
Alectryon lissa machinalement un pli inexistant sur sa toge. Puis il prit finalement le temps de regarder véritablement la reine des Amazones. Non comme une curiosité, non comme une légende, mais comme quelqu'un qu'il était venu chercher.
« Votre père souhaite vous recevoir. » La phrase tomba avec une simplicité déconcertante, comme s'il annonçait un rendez-vous prévu de longue date, comme si les dieux ne laissaient pas leurs enfants dans l'ignorance durant des millénaires, comme si les réponses qu'elle cherchait n'avaient rien d'exceptionnel. Alectryon consulta une dernière fois ses notes.
« Je serais ravi de vous en dire davantage. » Son bec se referma. « Malheureusement, je n'en sais pas davantage. Le Seigneur Arès a estimé que cette information était suffisante. »
Le regard du vieil intendant dériva un instant vers le plafond.
« J'ai personnellement exprimé un avis différent. » Puis il ajouta, avec toute la lassitude du monde : « Sans résultat. »
…
« Cela fait plusieurs millénaires que nous reproduisons cette expérience. »
…
« Les résultats demeurent remarquablement constants. »
…
« Le Seigneur Arès appelle cela une consultation. »
…
« Le terme me paraît optimiste. »
- Penthésilée
- Messages : 12
- Enregistré le : 13 avr. 2026 11:46
Penthésilée a vu bien des choses durant sa longue vie, elle avait vu des monstres ignobles, des créatures d'effroi qui hanterait les cauchemars de n'importe quels mortels, des créatures exotique comme des chevaux ailée, des homme aux corps de chevaux. Alors, elle devine immédiatement en voyant cet oiseau sur le palier que ce n'est pas anodin. Il ne fallait pas sortir de la cuisse de Jupiter pour comprendre que ce drôle d'oiseau était bien plus que de simple curiosité ornithologique. Un pic-vert qui est posé sur le palier et qui chante comme un coq. Des plumes tombent du ciel, l'espace se tord pour laisser place à un homme à tête de coq et à la toge rouge tenue par une fibule aux armoiries du dieu de la guerre. L'amazone se retrouve entre le pic-vert et l'homme coq, elle les observe en silence, sa batte soigneusement posée sur son épaule. Le coq, à l'air sage, ressemble à un petit bureaucrate, qui se plaint du logement. Penthésilée se mit à rouler des yeux, les tournant vers le ciel. Le pic-vert proteste et appelle le coq Agammenon, le regard de la belle reine se met à s'illuminer. Ce nom lui rappel de vieux souvenir, bien que le coq s'en fiche de celui du passé, Penthésilée semble amusé de la situation. Elle laisse les animaux débattre de l'état de son logement et se contente de poser la batte entre ses jambes. Les deux créatures ne sont visiblement pas un danger, donc la batte est inutile.
L'homme coq se met également à juger ses lectures, parlant d'Homère comme un camé. Penthésilée écoute en se disant que l'alcool, la drogue et les nymphes, ce n'est pas si mal. Et en effet, les civilisations antiques étaient souvent bien basées sur de l'alcool, l'amour des belles formes et de la musique, cela permettait à des gens qui ont des conditions sociales différentes de se fréquenter et d'avoir quelque chose en commun, des cités comme Athènes avait même fait des rituels religieux autour de cela et qui était la base de son tissu social de citoyen. Et puis le monde des mortels ont aussi une religion puissante autour d'un dieu unique qui communie autour de ritualisation du partage du vin, donc Homère avait raison.
Loin de partager son avis sur Homère, Penthésilée attend que cela passe. Le coq se présente comme Alectryon, le serviteur d'Arès. Penthésilée se contente de l'accueillir d'un geste de la tête particulièrement formel. Elle attend bras croisé qu'ils finissent leur affaire. Penthésilée est cependant surprise d'entendre que son père l'attend. Son père était une légende lointaine pour elle. Elle a certes combattu avec les dieux durant la gigantomachie, mais elle faisait partie des légions d'amazones d'Artémis. Elle était persuadée que son paternel n'était même pas au courant de son existence.
Et voilà qu'il l'a demande. Bien sûr, elle ne fut pas surprise d'apprendre qu'il n'a pas souhaité lui en dire plus. C'est au moins à la hauteur de sa réputation. Arès est aussi imprévisible que la guerre. Bien que le vieux conseillé Alectryon a émis un avis différent, mais visiblement, c'est une pratique régulière. Penthésilée n'est pas surprise d'être juste une fille d'Arès parmi tant d'autres. Penthésilée qui était accoudé à son mur, attendant que ses visiteurs lui annonce la raison de leur venue, se redresse.
"- De la part de mon paternel, ce n'est pas vraiment étonnant. Mère m'en a longuement parlé et elle était visiblement très amoureuse de lui."
Elle se tourne vers le pic-vert.
"- Si vous pouviez, sir Pic-vert, avoir l'obligeance d'entrer. Les mortels ont beau avoir des machines volantes, ils restent très superstitieux et de petite nature. Un oiseau qui parle pourrait les choquer."
S'il rentre, elle ferme la porte, sinon elle le laisse là et se dirige vers son placard rempli de vêtement, cherchant des vêtements de sport.
"- Je n'en sais pas plus, mais je doute que père me convoque pour prendre le thé, ou alors, je serais très surprise."
Elle essaie de rester calme, mais elle est heureuse, elle jubile même. Si son père n'a pas partagé sa vie dans le passé, il est l'une des rares personnes à pouvoir répondre à ses questions. Elle ne doit donc pas le décevoir. Elle retire son tee-shirt sans aucun ménagement, ni intérêt pour ses invités pour enfiler une brassière de sport. La pudeur n'est pas quelque chose qui atteint l'amazone, chaque civilisation a ses standards et dans le cas des Amazones antique, un corps bien bâti se montre. Car le beau corps musclé et travailler est un corps d'une personne utile à la communauté. Kalos kagathos, beau et donc forcément bon, un reste d'une époque révolue où les plus beaux étaient les héros qui se battaient pour leur propre gloire et celle de leurs cités. L'habit de sport enfilé, un habit moderne du monde des mortels, elle se rapproche des envoyés.
"- Désolé pour l'attente, messieurs, je devais enfiler quelque chose de plus approprié si père veut réaliser un de ses tests. Et je m'en excuse, mais je n'ai aucune armure ici, la mienne n'a pas survécu au temps et il en est de même pour mes armes."
Penthésilée n'est jamais réellement désarmée, son corps entier est une arme, un physique au top, optimisé pour le combat, forger par les exercices et surtout, un savoir transmis par les amazones afin de faire de chacune une guerrière d'exception. Et si Artémis, déesse connue pour ne pas être des plus tendres, apprécié combattre avec elle, c'était aussi parce qu'elle respectait la culture des amazones. Penthésilée a marqué une pause.
"- à moins qu'il souhaite que j'enfile une tenue de soirée ? Qui sait. Peut-être que lui faire une forte impression pourrait me rapporter des points auprès de lui. Il reste mon père que je n'ai jamais croisé, autant rendre notre première rencontre mémorable."
Elle se gratte les joues, dans une fausse impression de réflexion. Elle reste, le regard d'or comme le feu brûlant d'un incendie, a observé Alectryon, un sourire léger aux lèvres.
"- Mais cela ne me correspond pas. Comme vous l'avez si justement dit, seigneur Alectryon, quatre murs me suffisent. Je ne sais pas ce qu'il en est du monde d'Airain, mais pour moi, je préfère le confort sommaire et spartiate quand je suis en campagne, que du luxe chichiteux et inutile. Et la Terre m'est terriblement hostile, elle ne ressemble en rien à celle que j'ai connue à une époque tellement ancienne que les nymphes sur lesquelles votre Homère sniffé sa poudre devait à peine faire leurs premiers pas."
Penthésilée met les formes, mais on comprend bien que pour elle, le luxe dans un contexte de guerre est un caprice. Un monde de guerrier qui a absolument besoin de son luxe est un monde d'enfants qui se prennent pour des adultes. Alors si en prime, ces individus sont surtout masculins, l'Amazone reste une amazone, elle ne va pas se priver pour les faire passer pour des petites natures. Et s'il y a bien une arme que Penthésilée maîtrise, c'est bien sa langue.
"- Je m'installerai dans un meilleur endroit quand ma situation sera plus assuré. Bien, si tout est prêt pour vous, je ferme ma porte afin que l'on ne me vole pas le peu que j'ai et nous y allons. Ne faisons pas attendre mon cher père. On m'a dit que la patience ne faisait pas partie de ses nombreuses qualités."
L'homme coq se met également à juger ses lectures, parlant d'Homère comme un camé. Penthésilée écoute en se disant que l'alcool, la drogue et les nymphes, ce n'est pas si mal. Et en effet, les civilisations antiques étaient souvent bien basées sur de l'alcool, l'amour des belles formes et de la musique, cela permettait à des gens qui ont des conditions sociales différentes de se fréquenter et d'avoir quelque chose en commun, des cités comme Athènes avait même fait des rituels religieux autour de cela et qui était la base de son tissu social de citoyen. Et puis le monde des mortels ont aussi une religion puissante autour d'un dieu unique qui communie autour de ritualisation du partage du vin, donc Homère avait raison.
Loin de partager son avis sur Homère, Penthésilée attend que cela passe. Le coq se présente comme Alectryon, le serviteur d'Arès. Penthésilée se contente de l'accueillir d'un geste de la tête particulièrement formel. Elle attend bras croisé qu'ils finissent leur affaire. Penthésilée est cependant surprise d'entendre que son père l'attend. Son père était une légende lointaine pour elle. Elle a certes combattu avec les dieux durant la gigantomachie, mais elle faisait partie des légions d'amazones d'Artémis. Elle était persuadée que son paternel n'était même pas au courant de son existence.
Et voilà qu'il l'a demande. Bien sûr, elle ne fut pas surprise d'apprendre qu'il n'a pas souhaité lui en dire plus. C'est au moins à la hauteur de sa réputation. Arès est aussi imprévisible que la guerre. Bien que le vieux conseillé Alectryon a émis un avis différent, mais visiblement, c'est une pratique régulière. Penthésilée n'est pas surprise d'être juste une fille d'Arès parmi tant d'autres. Penthésilée qui était accoudé à son mur, attendant que ses visiteurs lui annonce la raison de leur venue, se redresse.
"- De la part de mon paternel, ce n'est pas vraiment étonnant. Mère m'en a longuement parlé et elle était visiblement très amoureuse de lui."
Elle se tourne vers le pic-vert.
"- Si vous pouviez, sir Pic-vert, avoir l'obligeance d'entrer. Les mortels ont beau avoir des machines volantes, ils restent très superstitieux et de petite nature. Un oiseau qui parle pourrait les choquer."
S'il rentre, elle ferme la porte, sinon elle le laisse là et se dirige vers son placard rempli de vêtement, cherchant des vêtements de sport.
"- Je n'en sais pas plus, mais je doute que père me convoque pour prendre le thé, ou alors, je serais très surprise."
Elle essaie de rester calme, mais elle est heureuse, elle jubile même. Si son père n'a pas partagé sa vie dans le passé, il est l'une des rares personnes à pouvoir répondre à ses questions. Elle ne doit donc pas le décevoir. Elle retire son tee-shirt sans aucun ménagement, ni intérêt pour ses invités pour enfiler une brassière de sport. La pudeur n'est pas quelque chose qui atteint l'amazone, chaque civilisation a ses standards et dans le cas des Amazones antique, un corps bien bâti se montre. Car le beau corps musclé et travailler est un corps d'une personne utile à la communauté. Kalos kagathos, beau et donc forcément bon, un reste d'une époque révolue où les plus beaux étaient les héros qui se battaient pour leur propre gloire et celle de leurs cités. L'habit de sport enfilé, un habit moderne du monde des mortels, elle se rapproche des envoyés.
"- Désolé pour l'attente, messieurs, je devais enfiler quelque chose de plus approprié si père veut réaliser un de ses tests. Et je m'en excuse, mais je n'ai aucune armure ici, la mienne n'a pas survécu au temps et il en est de même pour mes armes."
Penthésilée n'est jamais réellement désarmée, son corps entier est une arme, un physique au top, optimisé pour le combat, forger par les exercices et surtout, un savoir transmis par les amazones afin de faire de chacune une guerrière d'exception. Et si Artémis, déesse connue pour ne pas être des plus tendres, apprécié combattre avec elle, c'était aussi parce qu'elle respectait la culture des amazones. Penthésilée a marqué une pause.
"- à moins qu'il souhaite que j'enfile une tenue de soirée ? Qui sait. Peut-être que lui faire une forte impression pourrait me rapporter des points auprès de lui. Il reste mon père que je n'ai jamais croisé, autant rendre notre première rencontre mémorable."
Elle se gratte les joues, dans une fausse impression de réflexion. Elle reste, le regard d'or comme le feu brûlant d'un incendie, a observé Alectryon, un sourire léger aux lèvres.
"- Mais cela ne me correspond pas. Comme vous l'avez si justement dit, seigneur Alectryon, quatre murs me suffisent. Je ne sais pas ce qu'il en est du monde d'Airain, mais pour moi, je préfère le confort sommaire et spartiate quand je suis en campagne, que du luxe chichiteux et inutile. Et la Terre m'est terriblement hostile, elle ne ressemble en rien à celle que j'ai connue à une époque tellement ancienne que les nymphes sur lesquelles votre Homère sniffé sa poudre devait à peine faire leurs premiers pas."
Penthésilée met les formes, mais on comprend bien que pour elle, le luxe dans un contexte de guerre est un caprice. Un monde de guerrier qui a absolument besoin de son luxe est un monde d'enfants qui se prennent pour des adultes. Alors si en prime, ces individus sont surtout masculins, l'Amazone reste une amazone, elle ne va pas se priver pour les faire passer pour des petites natures. Et s'il y a bien une arme que Penthésilée maîtrise, c'est bien sa langue.
"- Je m'installerai dans un meilleur endroit quand ma situation sera plus assuré. Bien, si tout est prêt pour vous, je ferme ma porte afin que l'on ne me vole pas le peu que j'ai et nous y allons. Ne faisons pas attendre mon cher père. On m'a dit que la patience ne faisait pas partie de ses nombreuses qualités."

- Ares
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- Demande de RP
Alectryon accueillit la réponse de Penthésilée avec le sérieux poli d’un homme qui avait depuis longtemps cessé d’être surpris par les enfants d’Arès, ce qui ne signifiait pas qu’il les comprenait davantage. Il se contenta d’incliner légèrement la tête, comme s’il venait de recevoir une remarque parfaitement raisonnable dans un environnement qui, lui, ne l’était pas tout à fait. Le pic-vert, de son côté, obéit à l’invitation de la reine amazone et entra d’un petit bond dans l’appartement, non sans jeter un dernier regard vers le couloir, avec l’air satisfait d’un oiseau convaincu d’avoir fait preuve d’une discrétion exemplaire. Alectryon le suivit du regard, puis nota quelque chose sur sa tablette.
« Votre sollicitude à l’égard de la sensibilité mortelle est appréciée » déclara-t-il. « Les humains modernes tolèrent effectivement assez bien les avions, les centrales nucléaires, les impôts et les réseaux sociaux, mais réagissent encore de manière disproportionnée lorsqu’un oiseau formule une opinion. »
Agamemnon poussa un cri indigné.
« Non, ce n’est pas parce que vos opinions sont incomprises. »
Le pic-vert protesta aussitôt.
« C’est généralement parce qu’elles sont inutiles. »
Alectryon referma la discussion avec la cruauté tranquille des fonctionnaires qui ont déjà gagné avant même que l’autre partie ne comprenne qu’il y avait un débat. Puis il reporta son attention sur Penthésilée, dont l’empressement à se préparer confirmait au moins une chose : elle avait hérité de son père davantage que d’un simple nom. Elle ne demandait pas pourquoi, elle ne marchandait pas, elle ne réclamait ni explication ni garantie. Elle supposait l’épreuve et s’y préparait. Il y avait là quelque chose que le serviteur d’Arès reconnaissait aisément ; la bonne vieille discipline militaire.
« Concernant votre équipement » reprit-il, en consultant ses notes « Il n’y a pas lieu de vous inquiéter. Les armureries de Chalkéa sont capables de fournir des armes et protections adaptées à la plupart des morphologies connues du multivers. Humaines, semi-divines, draconiques, arthropodes, centaures, biomécaniques, et une catégorie que le Seigneur Deimos persiste à appeler “suffisamment humanoïde”, contre l’avis répété de toutes les personnes chargées de la logistique. »
Il s’apprêtait à poursuivre lorsque retentit un sifflement aigu, admiratif et parfaitement déplacé.
Alectryon s’interrompit.
Lentement, très lentement, il tourna la tête vers Agamemnon.
Le pic-vert, perché sur le dossier de la chaise, fixait avec une intensité presque dévorante le spectacle de Penthésilée. Son regard d'oiseau, d'ordinaire prompt à scruter les cieux, était désormais rivé à la poitrine généreuse de l’amazone, une double offrande de chair blanche et rebondie. Ses seins, lourds et pleins, semblaient faits de crème et de velours, leurs pointes rosées se durcissant sous le regard avide de l'animal et la caresse de l'air. Chaque geste de Penthésilée, chaque torsion de son torse alors qu'elle enfilait son haut, faisait danser cette poitrine magnifique dans un ballet lascif et paresseux. Toute trace de dignité mystique venait de quitter son petit corps emplumé. Il n'était plus le héraut sacré du Monde d'Airain, serviteur d'Alectryon, guide des héros et veilleur des seuils oubliés. Il était redevenu un volatile libidineux dont le sens des convenances semblait avoir été confié à un satyre ivre.
Un second sifflement retentit. Alectryon ferma les yeux.
Ce fut un geste très simple. Mais il contenait plusieurs millénaires de fatigue.
« Agamemnon. »
Le pic-vert tourna vivement la tête vers lui et poussa un cri qui avait l’audace de se vouloir innocent.
« Non. »
Nouvelle protestation.
« Je ne conteste pas que la reine Penthésilée possède une constitution remarquable. »
Agamemnon sembla aussitôt rassuré.
« Je conteste votre nécessité de le signaler comme un marin découvrant pour la première fois une nymphe au sortir d’un naufrage. »
Le pic-vert poussa un petit cri plus bas, presque argumentatif.
« Je suis absolument certain que les Amazones possédaient leurs propres usages concernant la nudité, la pudeur et la célébration du corps martial. »
L’oiseau redressa fièrement la tête.
« Ce qui ne vous autorise toujours pas à applaudir avec vos ailes. »
Agamemnon s’immobilisa.
Alectryon le fixa.
« Je vous ai vu y penser. »
Le silence qui suivit fut bref, mais d’une grande intensité morale.
Le Veilleur des Seuils reprit alors son maintien avec la raideur d’un homme qui refusait catégoriquement d’être tenu responsable des pulsions ornithologiques de ses subalternes. Il lissa un pli inexistant de sa toge, consulta une nouvelle fois sa tablette, puis se tourna vers Penthésilée comme si cette interruption n’avait été qu’une légère irrégularité protocolaire.
« Comme je le disais avant que le service des Hérauts ne décide de compromettre plusieurs siècles d’efforts en matière de réputation, Chalkéa dispose d’armureries convenables. Vous n’aurez donc pas à vous présenter devant le Seigneur Arès armée d’une batte de baseball, sauf si vous souhaitez provoquer une réaction. » Il marqua une pause. « Ce qui, je dois l’admettre, peut constituer une stratégie valide avec votre père. »
Agamemnon poussa un cri approbateur.
« Vous n’êtes pas consulté. »
Alectryon s’avança ensuite vers l’un des murs de l’appartement. Il ne choisit pas le plus propre, car aucun ne semblait véritablement candidat à cet honneur, mais celui qui se trouvait entre la kitchenette et la table. Le papier peint y formait des cloques sous l’effet de l’humidité, et une longue trace sombre descendait du plafond comme une veine malade. Le serviteur d’Arès l’observa avec une sévérité discrète, puis sortit de sa sacoche une clef d’airain.
L’objet était ancien. Non pas vieux comme peuvent l’être les choses mortelles, usées par le temps et condamnées à disparaître, mais ancien comme une loi, comme un serment, comme une porte que l’on avait fermée avant la naissance de certaines civilisations. Sa tige était gravée de minuscules caractères que la lumière de l’appartement ne suffisait pas à éclairer. Son anneau avait la forme d’un coq dressant la tête, bec ouvert, comme s’il s’apprêtait à annoncer une aube qui n’appartenait pas aux hommes.
Alectryon leva la clef, mais s’interrompit avant de toucher le mur.
« Une dernière précision. »
Il se tourna vers Penthésilée.
« Le Seigneur Arès vous a convoquée. Cela signifie que les portes de Chalkéa vous seront ouvertes sous mon autorité. Cela ne signifie pas que les habitants de Chalkéa sont prévenus de votre arrivée, qu’ils ont reçu des consignes particulières, ou qu’ils s’abstiendront de vous provoquer si l’idée leur traverse l’esprit. »
Il sembla réfléchir.
« En réalité, pour certains, une consigne explicite aurait probablement l’effet inverse. »
Agamemnon poussa un cri bref.
« Oui, notamment ceux-là. »
Le Veilleur des Seuils plaça alors la clef contre le mur. Il ne chercha aucune serrure. Il n’y en avait pas. Pourtant, au moment où l’airain toucha le papier peint défraîchi, quelque chose répondit. Un frémissement parcourut la surface, d’abord discret, puis plus profond, comme si le mur n’avait jamais été un mur, mais une toile grossièrement tendue devant une ouverture plus ancienne que l’immeuble lui-même. La peinture pâle se rida. Les cloques d’humidité se replièrent sur elles-mêmes. La longue trace noire se fendit en son centre et, derrière elle, une lueur sombre apparut. Une lueur de métal sous un ciel d’orage.
L’air de l’appartement changea aussitôt. L’odeur de poussière, de linge sale, de bière éventée et de moisissure fut repoussée par quelque chose de plus vaste. Une odeur de terre sèche, de cuir chauffé, de fumée lointaine et d’airain brûlant sous un soleil que nul œil mortel ne voyait. Le murmure de la ville disparut peu à peu. Les tuyaux dans les murs, les voisins, les moteurs au dehors, tout cela recula comme un mauvais rêve au réveil.
À sa place monta le grondement sourd d’un autre monde ; des armes, des roues, des voix.
Le vent d’une plaine immense passa dans la pièce et fit trembler les pages de l’Iliade restée ouverte sur le lit. Alectryon rangea sa clef avec un soin méticuleux.
« Bien. »
Le mur s’était ouvert. Derrière lui, il n’y avait ni couloir, ni escalier, ni rue d’Atarashï Yoake. Il y avait une arche d’airain dressée au bord d’un sentier noir, et au-delà d’elle une étendue que l’appartement minable de Penthésilée n’aurait jamais dû pouvoir contenir. Une plaine immense s’étirait sous un ciel de bronze, traversée au loin par des pistes, des colisées, des camps d’entraînement et les silhouettes mouvantes de guerriers venus de mondes que la Terre n’avait jamais nommés.
Alectryon désigna l’ouverture d’un geste courtois.
« Après vous, reine Penthésilée. »
Il marqua un temps, puis ajouta avec une gravité administrative parfaitement intacte : « Je vous recommande toutefois d’éviter de frapper le premier être vivant qui vous adressera la parole. À Chalkéa, c’est rarement une méthode permettant de gagner du temps. »
Le premier pas au-delà de l'arche suffisait à comprendre que l'on avait quitté la Terre. L'air lui-même paraissait différent; plus sec, plus vaste.
Chaque respiration apportait avec elle une odeur de terre chauffée par un soleil invisible, de cuir, de fumée lointaine et d'airain. Le vent qui soufflait à travers l'ouverture n'avait rien de la brise capricieuse des mondes mortels. Il avançait avec la régularité d'une armée en marche, balayant les plaines immenses qui s'étendaient à perte de vue.
Alectryon laissa à la reine amazone quelques instants pour contempler le spectacle. Les premières impressions avaient leur importance. Elles évitaient généralement une quantité considérable de questions auxquelles il n'avait aucune intention de répondre. Au-dessus d'elles s'étirait le ciel de Chalkéa. Un ciel ocre.
D'immenses nuages couleur bronze dérivaient lentement dans les hauteurs. Leurs formes changeaient sans cesse. À certains endroits, ils se rassemblaient en masses sombres évoquant des forteresses en mouvement. Ailleurs, ils se déchiraient sous l'effet d'éclairs silencieux qui illuminaient leurs profondeurs. Durant une fraction de seconde, des silhouettes apparaissaient dans ces éclairs : une ligne de cavaliers, une phalange avançant derrière ses boucliers, des bannières claquant dans un vent invisible.
Puis tout disparaissait.
Comme si les guerres livrées dans mille mondes différents laissaient leur reflet dans les nuées du royaume d'Arès. Le regard d'Alectryon se leva brièvement vers le ciel. Puis il tourna légèrement la tête vers Penthésilée.
« Je vous déconseille d'essayer de suivre les batailles » déclara-t-il avec le ton de quelqu'un donnant un conseil pratique concernant une marche d'escalier mal placée. « Plusieurs visiteurs s'y sont essayés. Les résultats furent mitigés. » Agamemnon poussa un cri. « Oui, je sais que techniquement deux d'entre eux ont fini par comprendre ce qu'ils regardaient. » Le pic-vert protesta. « Après seulement quatre cent soixante-trois ans d'observation continue. » L'oiseau sembla considérer cela comme un délai parfaitement raisonnable. « Votre perception du temps demeure préoccupante. »
Alectryon reprit sa marche et invita l'amazone à le suivre d'un léger mouvement de la main. « Venez. Le ciel sera toujours là lorsque nous aurons terminé. »
Le sentier qui serpentait devant eux traversait une vaste plaine parcourue de pistes d'entraînement, de champs d'exercice et de terrains de combat. Partout résonnaient les bruits familiers de la guerre : le choc des armes, le roulement des chars, les hennissements des chevaux, les cris des instructeurs, les défis. Le tout formait une rumeur continue qui montait des plaines comme le grondement d'une mer invisible.
Quelque chose passa alors devant l'arche, une ombre immense. Le sol vibra légèrement sous chacun de ses pas. Alectryon ne ralentit pas. L'ombre, elle, s'immobilisa.
Le colosse qui venait de couper le sentier dépassait d'une bonne tête la plupart des guerriers présents dans les environs. Une épaisse fourrure blanche couvrait son visage et son cou. Une longue crinière couleur d'ivoire tombait sur ses épaules massives en lourdes tresses maintenues par des anneaux de métal terni. Des cicatrices anciennes parcouraient son corps. Certaines semblaient avoir été laissées par des lames. D'autres par des griffes. Quelques-unes évoquaient des blessures qu'aucune créature raisonnable n'aurait dû être capable d'infliger.
Une armure lourde protégeait ses épaules et son torse. Le métal portait les marques de centaines de combats. Aucun forgeron n'avait cherché à les effacer. Sur son épaule reposait une arme dont les dimensions auraient fait passer le bélier d'une forteresse pour un outil d'artisan.
Le guerrier-lion observa l'arche puis Alectryon, comme s'il venait seulement de remarquer sa présence. « Où est la fosse ? »
Alectryon leva les yeux vers le géant. « Bonjour à vous aussi. » Le colosse demeura silencieux plusieurs secondes. « Bonjour. » Une nouvelle pause. « Où est la fosse ? » « Laquelle ? » Le guerrier-lion réfléchit. Longuement, avec le sérieux d'un général examinant une campagne militaire. « Celle où l'on peut mourir. » « Cette réponse ne réduit pas considérablement le champ des possibilités. » Le colosse réfléchit encore. « Définitivement. »
« Ah. » Alectryon consulta sa tablette. « Fosses de Lyssa. » Son doigt suivit quelques lignes invisibles. « Continuez vers le sud jusqu'au deuxième col. Vous trouverez ensuite une route pavée. Prenez la troisième bifurcation après les arènes. Si vous atteignez les chenils des Sangliers d'Airain, c'est que vous êtes allé trop loin. »
Le guerrier-lion hocha la tête. « Merci. »
« Avec plaisir. »
Le colosse reprit aussitôt sa route. Quelques instants plus tard, sa silhouette avait déjà disparu parmi les pistes d'entraînement. Alectryon suivit un instant sa progression du regard avant de reporter son attention sur Penthésilée.
« Client régulier » expliqua-t-il simplement. Il marqua une pause. « Je ne crois pas qu'il ait encore trouvé ce qu'il cherche. »
Le sentier les conduisit bientôt à proximité d'un terrain d'exercice où résonnait un bruit sourd et régulier. Un coup, puis un autre, puis un autre encore. Toujours au même rythme, toujours avec la même puissance.
Alectryon ralentit légèrement et désigna le terrain d'entraînement du bord de sa tablette. « Voilà une espèce beaucoup plus rare. » Au centre du terrain se tenait un vieil homme à la barbe grise. Ses épaules évoquaient davantage celles d'un taureau que celles d'un être humain. Dans ses mains reposait une immense hache noire dont chaque mouvement semblait exécuté avec une précision presque rituelle. Autour de lui, plusieurs jeunes guerriers observaient en silence. Personne ne parlait, personne n'interrompait l'entraînement.
Le vieil homme frappa encore. Le poteau d'airain ploya sous l'impact. Puis il recommença encore et encore, comme s'il avait tout le temps du monde. « Un héros qui continue de s'entraîner alors qu'il n'a plus rien à prouver » reprit Alectryon. Agamemnon poussa un cri.
« Non. Les vieux héros ne possèdent généralement aucun secret. » Le pic-vert protesta. « Le secret consiste principalement à continuer lorsque tout le reste vous conseille d'arrêter. »
Le vent porta alors d'autres sons jusqu'au sentier. Des rires, des applaudissements. Une voix puissante qui dominait toutes les autres. Alectryon reconnut la voix avant même d'apercevoir son propriétaire. Ce détail ne sembla pas particulièrement le réjouir. Un petit attroupement s'était formé autour d'un guerrier blond tenant une corne d'hydromel à la main.
« Alors la créature comprit enfin son erreur ! » proclamait-il avec enthousiasme. Quelques rires accueillirent la déclaration. « Car elle croyait trouver un homme seul et apeuré comme un agneau dans la nuit ! » Son sourire s'élargit. « Mais c'est Beowulf qu'elle trouva ! » Les applaudissements éclatèrent aussitôt autour de lui. Le géant leva sa corne comme un général saluant une armée victorieuse.
Alectryon continua sa marche. « Je crois qu'il raconte l'affaire de Grendel. » Il marqua une pause. « Ou la quatrième version de l'affaire de Grendel aujourd'hui. » Une nouvelle salve de rires éclata derrière eux. « Je reconnais toutefois que celle-ci est meilleure que la troisième. » Le vieux serviteur réfléchit. « Les frontières deviennent parfois floues après le deuxième récit. »
Le vent soufflait toujours sur les plaines du Monde d'Airain. Au-dessus d'elles, les nuages de bronze poursuivaient leur lente dérive, portant dans leurs profondeurs les échos de guerres si anciennes que même les dieux n'en évoquaient plus toujours le souvenir. Et au milieu de ce tumulte, Alectryon poursuivait son chemin avec la sérénité d'un homme traversant un jardin particulièrement bruyant.
« Tout cela existe parce qu'Arès n'a jamais accepté l'idée que les meilleurs guerriers du multivers puissent appartenir à quelqu'un d'autre qu'à lui. »
Il jeta à un oeil à Penthésilée par-dessus son épaule.
« Je ne suis plus entièrement certain de savoir si ce royaume est une collection ...ou une adoption particulièrement agressive. »
« Votre sollicitude à l’égard de la sensibilité mortelle est appréciée » déclara-t-il. « Les humains modernes tolèrent effectivement assez bien les avions, les centrales nucléaires, les impôts et les réseaux sociaux, mais réagissent encore de manière disproportionnée lorsqu’un oiseau formule une opinion. »
Agamemnon poussa un cri indigné.
« Non, ce n’est pas parce que vos opinions sont incomprises. »
Le pic-vert protesta aussitôt.
« C’est généralement parce qu’elles sont inutiles. »
Alectryon referma la discussion avec la cruauté tranquille des fonctionnaires qui ont déjà gagné avant même que l’autre partie ne comprenne qu’il y avait un débat. Puis il reporta son attention sur Penthésilée, dont l’empressement à se préparer confirmait au moins une chose : elle avait hérité de son père davantage que d’un simple nom. Elle ne demandait pas pourquoi, elle ne marchandait pas, elle ne réclamait ni explication ni garantie. Elle supposait l’épreuve et s’y préparait. Il y avait là quelque chose que le serviteur d’Arès reconnaissait aisément ; la bonne vieille discipline militaire.
« Concernant votre équipement » reprit-il, en consultant ses notes « Il n’y a pas lieu de vous inquiéter. Les armureries de Chalkéa sont capables de fournir des armes et protections adaptées à la plupart des morphologies connues du multivers. Humaines, semi-divines, draconiques, arthropodes, centaures, biomécaniques, et une catégorie que le Seigneur Deimos persiste à appeler “suffisamment humanoïde”, contre l’avis répété de toutes les personnes chargées de la logistique. »
Il s’apprêtait à poursuivre lorsque retentit un sifflement aigu, admiratif et parfaitement déplacé.
Alectryon s’interrompit.
Lentement, très lentement, il tourna la tête vers Agamemnon.
Le pic-vert, perché sur le dossier de la chaise, fixait avec une intensité presque dévorante le spectacle de Penthésilée. Son regard d'oiseau, d'ordinaire prompt à scruter les cieux, était désormais rivé à la poitrine généreuse de l’amazone, une double offrande de chair blanche et rebondie. Ses seins, lourds et pleins, semblaient faits de crème et de velours, leurs pointes rosées se durcissant sous le regard avide de l'animal et la caresse de l'air. Chaque geste de Penthésilée, chaque torsion de son torse alors qu'elle enfilait son haut, faisait danser cette poitrine magnifique dans un ballet lascif et paresseux. Toute trace de dignité mystique venait de quitter son petit corps emplumé. Il n'était plus le héraut sacré du Monde d'Airain, serviteur d'Alectryon, guide des héros et veilleur des seuils oubliés. Il était redevenu un volatile libidineux dont le sens des convenances semblait avoir été confié à un satyre ivre.
Un second sifflement retentit. Alectryon ferma les yeux.
Ce fut un geste très simple. Mais il contenait plusieurs millénaires de fatigue.
« Agamemnon. »
Le pic-vert tourna vivement la tête vers lui et poussa un cri qui avait l’audace de se vouloir innocent.
« Non. »
Nouvelle protestation.
« Je ne conteste pas que la reine Penthésilée possède une constitution remarquable. »
Agamemnon sembla aussitôt rassuré.
« Je conteste votre nécessité de le signaler comme un marin découvrant pour la première fois une nymphe au sortir d’un naufrage. »
Le pic-vert poussa un petit cri plus bas, presque argumentatif.
« Je suis absolument certain que les Amazones possédaient leurs propres usages concernant la nudité, la pudeur et la célébration du corps martial. »
L’oiseau redressa fièrement la tête.
« Ce qui ne vous autorise toujours pas à applaudir avec vos ailes. »
Agamemnon s’immobilisa.
Alectryon le fixa.
« Je vous ai vu y penser. »
Le silence qui suivit fut bref, mais d’une grande intensité morale.
Le Veilleur des Seuils reprit alors son maintien avec la raideur d’un homme qui refusait catégoriquement d’être tenu responsable des pulsions ornithologiques de ses subalternes. Il lissa un pli inexistant de sa toge, consulta une nouvelle fois sa tablette, puis se tourna vers Penthésilée comme si cette interruption n’avait été qu’une légère irrégularité protocolaire.
« Comme je le disais avant que le service des Hérauts ne décide de compromettre plusieurs siècles d’efforts en matière de réputation, Chalkéa dispose d’armureries convenables. Vous n’aurez donc pas à vous présenter devant le Seigneur Arès armée d’une batte de baseball, sauf si vous souhaitez provoquer une réaction. » Il marqua une pause. « Ce qui, je dois l’admettre, peut constituer une stratégie valide avec votre père. »
Agamemnon poussa un cri approbateur.
« Vous n’êtes pas consulté. »
Alectryon s’avança ensuite vers l’un des murs de l’appartement. Il ne choisit pas le plus propre, car aucun ne semblait véritablement candidat à cet honneur, mais celui qui se trouvait entre la kitchenette et la table. Le papier peint y formait des cloques sous l’effet de l’humidité, et une longue trace sombre descendait du plafond comme une veine malade. Le serviteur d’Arès l’observa avec une sévérité discrète, puis sortit de sa sacoche une clef d’airain.
L’objet était ancien. Non pas vieux comme peuvent l’être les choses mortelles, usées par le temps et condamnées à disparaître, mais ancien comme une loi, comme un serment, comme une porte que l’on avait fermée avant la naissance de certaines civilisations. Sa tige était gravée de minuscules caractères que la lumière de l’appartement ne suffisait pas à éclairer. Son anneau avait la forme d’un coq dressant la tête, bec ouvert, comme s’il s’apprêtait à annoncer une aube qui n’appartenait pas aux hommes.
Alectryon leva la clef, mais s’interrompit avant de toucher le mur.
« Une dernière précision. »
Il se tourna vers Penthésilée.
« Le Seigneur Arès vous a convoquée. Cela signifie que les portes de Chalkéa vous seront ouvertes sous mon autorité. Cela ne signifie pas que les habitants de Chalkéa sont prévenus de votre arrivée, qu’ils ont reçu des consignes particulières, ou qu’ils s’abstiendront de vous provoquer si l’idée leur traverse l’esprit. »
Il sembla réfléchir.
« En réalité, pour certains, une consigne explicite aurait probablement l’effet inverse. »
Agamemnon poussa un cri bref.
« Oui, notamment ceux-là. »
Le Veilleur des Seuils plaça alors la clef contre le mur. Il ne chercha aucune serrure. Il n’y en avait pas. Pourtant, au moment où l’airain toucha le papier peint défraîchi, quelque chose répondit. Un frémissement parcourut la surface, d’abord discret, puis plus profond, comme si le mur n’avait jamais été un mur, mais une toile grossièrement tendue devant une ouverture plus ancienne que l’immeuble lui-même. La peinture pâle se rida. Les cloques d’humidité se replièrent sur elles-mêmes. La longue trace noire se fendit en son centre et, derrière elle, une lueur sombre apparut. Une lueur de métal sous un ciel d’orage.
L’air de l’appartement changea aussitôt. L’odeur de poussière, de linge sale, de bière éventée et de moisissure fut repoussée par quelque chose de plus vaste. Une odeur de terre sèche, de cuir chauffé, de fumée lointaine et d’airain brûlant sous un soleil que nul œil mortel ne voyait. Le murmure de la ville disparut peu à peu. Les tuyaux dans les murs, les voisins, les moteurs au dehors, tout cela recula comme un mauvais rêve au réveil.
À sa place monta le grondement sourd d’un autre monde ; des armes, des roues, des voix.
Le vent d’une plaine immense passa dans la pièce et fit trembler les pages de l’Iliade restée ouverte sur le lit. Alectryon rangea sa clef avec un soin méticuleux.
« Bien. »
Le mur s’était ouvert. Derrière lui, il n’y avait ni couloir, ni escalier, ni rue d’Atarashï Yoake. Il y avait une arche d’airain dressée au bord d’un sentier noir, et au-delà d’elle une étendue que l’appartement minable de Penthésilée n’aurait jamais dû pouvoir contenir. Une plaine immense s’étirait sous un ciel de bronze, traversée au loin par des pistes, des colisées, des camps d’entraînement et les silhouettes mouvantes de guerriers venus de mondes que la Terre n’avait jamais nommés.
Alectryon désigna l’ouverture d’un geste courtois.
« Après vous, reine Penthésilée. »
Il marqua un temps, puis ajouta avec une gravité administrative parfaitement intacte : « Je vous recommande toutefois d’éviter de frapper le premier être vivant qui vous adressera la parole. À Chalkéa, c’est rarement une méthode permettant de gagner du temps. »
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Le premier pas au-delà de l'arche suffisait à comprendre que l'on avait quitté la Terre. L'air lui-même paraissait différent; plus sec, plus vaste.
Chaque respiration apportait avec elle une odeur de terre chauffée par un soleil invisible, de cuir, de fumée lointaine et d'airain. Le vent qui soufflait à travers l'ouverture n'avait rien de la brise capricieuse des mondes mortels. Il avançait avec la régularité d'une armée en marche, balayant les plaines immenses qui s'étendaient à perte de vue.
Alectryon laissa à la reine amazone quelques instants pour contempler le spectacle. Les premières impressions avaient leur importance. Elles évitaient généralement une quantité considérable de questions auxquelles il n'avait aucune intention de répondre. Au-dessus d'elles s'étirait le ciel de Chalkéa. Un ciel ocre.
D'immenses nuages couleur bronze dérivaient lentement dans les hauteurs. Leurs formes changeaient sans cesse. À certains endroits, ils se rassemblaient en masses sombres évoquant des forteresses en mouvement. Ailleurs, ils se déchiraient sous l'effet d'éclairs silencieux qui illuminaient leurs profondeurs. Durant une fraction de seconde, des silhouettes apparaissaient dans ces éclairs : une ligne de cavaliers, une phalange avançant derrière ses boucliers, des bannières claquant dans un vent invisible.
Puis tout disparaissait.
Comme si les guerres livrées dans mille mondes différents laissaient leur reflet dans les nuées du royaume d'Arès. Le regard d'Alectryon se leva brièvement vers le ciel. Puis il tourna légèrement la tête vers Penthésilée.
« Je vous déconseille d'essayer de suivre les batailles » déclara-t-il avec le ton de quelqu'un donnant un conseil pratique concernant une marche d'escalier mal placée. « Plusieurs visiteurs s'y sont essayés. Les résultats furent mitigés. » Agamemnon poussa un cri. « Oui, je sais que techniquement deux d'entre eux ont fini par comprendre ce qu'ils regardaient. » Le pic-vert protesta. « Après seulement quatre cent soixante-trois ans d'observation continue. » L'oiseau sembla considérer cela comme un délai parfaitement raisonnable. « Votre perception du temps demeure préoccupante. »
Alectryon reprit sa marche et invita l'amazone à le suivre d'un léger mouvement de la main. « Venez. Le ciel sera toujours là lorsque nous aurons terminé. »
Le sentier qui serpentait devant eux traversait une vaste plaine parcourue de pistes d'entraînement, de champs d'exercice et de terrains de combat. Partout résonnaient les bruits familiers de la guerre : le choc des armes, le roulement des chars, les hennissements des chevaux, les cris des instructeurs, les défis. Le tout formait une rumeur continue qui montait des plaines comme le grondement d'une mer invisible.
Quelque chose passa alors devant l'arche, une ombre immense. Le sol vibra légèrement sous chacun de ses pas. Alectryon ne ralentit pas. L'ombre, elle, s'immobilisa.
Le colosse qui venait de couper le sentier dépassait d'une bonne tête la plupart des guerriers présents dans les environs. Une épaisse fourrure blanche couvrait son visage et son cou. Une longue crinière couleur d'ivoire tombait sur ses épaules massives en lourdes tresses maintenues par des anneaux de métal terni. Des cicatrices anciennes parcouraient son corps. Certaines semblaient avoir été laissées par des lames. D'autres par des griffes. Quelques-unes évoquaient des blessures qu'aucune créature raisonnable n'aurait dû être capable d'infliger.
Une armure lourde protégeait ses épaules et son torse. Le métal portait les marques de centaines de combats. Aucun forgeron n'avait cherché à les effacer. Sur son épaule reposait une arme dont les dimensions auraient fait passer le bélier d'une forteresse pour un outil d'artisan.
Le guerrier-lion observa l'arche puis Alectryon, comme s'il venait seulement de remarquer sa présence. « Où est la fosse ? »
Alectryon leva les yeux vers le géant. « Bonjour à vous aussi. » Le colosse demeura silencieux plusieurs secondes. « Bonjour. » Une nouvelle pause. « Où est la fosse ? » « Laquelle ? » Le guerrier-lion réfléchit. Longuement, avec le sérieux d'un général examinant une campagne militaire. « Celle où l'on peut mourir. » « Cette réponse ne réduit pas considérablement le champ des possibilités. » Le colosse réfléchit encore. « Définitivement. »
« Ah. » Alectryon consulta sa tablette. « Fosses de Lyssa. » Son doigt suivit quelques lignes invisibles. « Continuez vers le sud jusqu'au deuxième col. Vous trouverez ensuite une route pavée. Prenez la troisième bifurcation après les arènes. Si vous atteignez les chenils des Sangliers d'Airain, c'est que vous êtes allé trop loin. »
Le guerrier-lion hocha la tête. « Merci. »
« Avec plaisir. »
Le colosse reprit aussitôt sa route. Quelques instants plus tard, sa silhouette avait déjà disparu parmi les pistes d'entraînement. Alectryon suivit un instant sa progression du regard avant de reporter son attention sur Penthésilée.
« Client régulier » expliqua-t-il simplement. Il marqua une pause. « Je ne crois pas qu'il ait encore trouvé ce qu'il cherche. »
Le sentier les conduisit bientôt à proximité d'un terrain d'exercice où résonnait un bruit sourd et régulier. Un coup, puis un autre, puis un autre encore. Toujours au même rythme, toujours avec la même puissance.
Alectryon ralentit légèrement et désigna le terrain d'entraînement du bord de sa tablette. « Voilà une espèce beaucoup plus rare. » Au centre du terrain se tenait un vieil homme à la barbe grise. Ses épaules évoquaient davantage celles d'un taureau que celles d'un être humain. Dans ses mains reposait une immense hache noire dont chaque mouvement semblait exécuté avec une précision presque rituelle. Autour de lui, plusieurs jeunes guerriers observaient en silence. Personne ne parlait, personne n'interrompait l'entraînement.
Le vieil homme frappa encore. Le poteau d'airain ploya sous l'impact. Puis il recommença encore et encore, comme s'il avait tout le temps du monde. « Un héros qui continue de s'entraîner alors qu'il n'a plus rien à prouver » reprit Alectryon. Agamemnon poussa un cri.
« Non. Les vieux héros ne possèdent généralement aucun secret. » Le pic-vert protesta. « Le secret consiste principalement à continuer lorsque tout le reste vous conseille d'arrêter. »
Le vent porta alors d'autres sons jusqu'au sentier. Des rires, des applaudissements. Une voix puissante qui dominait toutes les autres. Alectryon reconnut la voix avant même d'apercevoir son propriétaire. Ce détail ne sembla pas particulièrement le réjouir. Un petit attroupement s'était formé autour d'un guerrier blond tenant une corne d'hydromel à la main.
« Alors la créature comprit enfin son erreur ! » proclamait-il avec enthousiasme. Quelques rires accueillirent la déclaration. « Car elle croyait trouver un homme seul et apeuré comme un agneau dans la nuit ! » Son sourire s'élargit. « Mais c'est Beowulf qu'elle trouva ! » Les applaudissements éclatèrent aussitôt autour de lui. Le géant leva sa corne comme un général saluant une armée victorieuse.
Alectryon continua sa marche. « Je crois qu'il raconte l'affaire de Grendel. » Il marqua une pause. « Ou la quatrième version de l'affaire de Grendel aujourd'hui. » Une nouvelle salve de rires éclata derrière eux. « Je reconnais toutefois que celle-ci est meilleure que la troisième. » Le vieux serviteur réfléchit. « Les frontières deviennent parfois floues après le deuxième récit. »
Le vent soufflait toujours sur les plaines du Monde d'Airain. Au-dessus d'elles, les nuages de bronze poursuivaient leur lente dérive, portant dans leurs profondeurs les échos de guerres si anciennes que même les dieux n'en évoquaient plus toujours le souvenir. Et au milieu de ce tumulte, Alectryon poursuivait son chemin avec la sérénité d'un homme traversant un jardin particulièrement bruyant.
« Tout cela existe parce qu'Arès n'a jamais accepté l'idée que les meilleurs guerriers du multivers puissent appartenir à quelqu'un d'autre qu'à lui. »
Il jeta à un oeil à Penthésilée par-dessus son épaule.
« Je ne suis plus entièrement certain de savoir si ce royaume est une collection ...ou une adoption particulièrement agressive. »




