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Re: Panser les plaies [Bellone]

Posté : 22 déc. 2025 01:42
par Aphrodite
« Mes crimes ? Mes crimes ?! s’étrangla Méduse. Et quels sont-ils, mes crimes, hum ? Avoir été violée par ce pervers de Posidéon ? M’être défendue quand des phallocrates idiots comme Persée ont voulu me tuer ?! »

La tension entre les deux femmes était palpable. Aphrodite savait qu’il y avait plusieurs variantes de l’histoire de Méduse. Certains disaient qu’elle était une victime, d’autres qu’elle avait été punie pour son arrogance, pour sa beauté qui rivalisait celle des Dieux. Mais, dans tous les cas, les faits étaient les mêmes : Poséidon l’avait violé, et Athéna avait transformé Méduse en Gorgone. Depuis lors, plus aucun homme n’avait pu toucher Méduse. Rétrospectivement, Aphrodite commençait à se dire qu’Athéna avait réellement cherché à la protéger des hommes. Violer une femme sans la regarder, c’était difficile… Et, avec ses cheveux-serpents, Méduse pouvait se défendre contre n’importe qui.

Aphrodite s’agaça encore.

« Par Zeus, mais arrêtez de vous disputer ! »

Elle secoua la tête. Bellone avait suggéré qu’Aphrodite utilise ses relations avec Lusst’ghaa pour retrouver la tête de dragon.

« Ça ne fonctionne pas vraiment comme ça, ma chère…
- Lusst’ghaa est une dimension liée au désir sexuel… Quoi, Enyo, c’est ta manière de dire que je te plais ? Si tu es gentille, je te baiserai peut-être, ça te changera de la queue ramollie d’Arès, sssskk… » siffla-t-elle.

Aphrodite se déplaça, et examina la paroi.

« La tête d’Orochi est ici, derrière cette paroi… J’ai déjà entendu parler de villages cachés japonais qui ont été attaqués. On dit qu’il y a un clan secret japonais qui est derrière tout ça, le Clan Kojiki… Un clan qui remonterait au moins à l’époque du shogunat Tokugawa, tombé en disgrâce lors de la Restauration de Meiji, puis revenu dans les bonnes grâces sous le règne de l’empereur Hirohito. Le Clan Kojiki cherchait à réunir pour le compte de l’Axe des forces ancestrales, un peu comme la Société Thulé chez les nazis.
- Le sceau est bien là, oui… Et il tient bon. Je n’en sais pas forcément plus que vous. Quand j’ai vu les habitants commencer à se transformer en monstres, j’ai figé ceux qui n’étaient pas encore métamorphosé. Cette brume provient de cette montagne, elle est projetée en l’air, mais ne stagne qu’ici. Elle a aussi créé l’apparition de ces espèces de fleurs fongiques… Ou alors, ce sont ces fleurs qui provoquent la brume. Quoi qu’il en soit, les pétales de ces fleurs émettent une sorte de pollen qui corrompt les humains. J’ai rejoint cet endroit, mais ce n’est pas ici qu’on résoudra le problème. Il faut retourner dans la ville. Je ne vous conseille pas de libérer les habitants que j’ai figés, car rien ne dit qu’ils ne soient pas déjà infectés, et j’ignore si cette saloperie est contaminante…
- La ville doit abriter un temple shinto. On devrait commencer par là, et réunir des informations sur le kami qui protège Ebisugaoka. Ce n’est qu’en en apprenant davantage sur cette ville que nous serons en mesure de conjurer le sort qui plane dessus. »

Re: Panser les plaies [Bellone]

Posté : 11 janv. 2026 22:44
par Bellone
"Zeus est mort, Aphrodite, ne rappelle pas son nom."

Ensuite, Enyo jeta un regard mortel à Méduse. Insinuer qu'elle pourrait s'accoupler à cette créature et mentionner Arès comme son amant, c'était une insulte. Peut être que finalement, la Gorgone verrait sa vie se terminer ici, dans ces grottes humides. Aucune des deux déesses n'avait encore utilisé leurs pouvoirs divins. Si Méduse pensait pouvoir leur tenir tête, elle se trompait. Son arrogance qui cachait une certaine peur lui serait fatale.

"Je commençais à penser que ta vie et ton destin pourraient être reconsidérés mais si tu me provoques encore une fois, je m'assurerais que ta tête serve de bibelot dans mon temple. Mesure tes paroles Méduse. Dernier avertissement."

Enyo était une déesse. On ne s'adressait pas aux dieux comme on s'adressait à un simple quidam. Bellone ne voulait pas en arriver là aussi elle tourna le dos à la créature et vint poser sa main contre la paroi. Ses sens n'étaient pas aussi développés que ceux de sa sœur dans ce domaine là. Si elle la surpassait au combat, ce qui était normal pour une déesse de la guerre, elle lui laissait tout entier les champs de la sensibilité.
Elle perçut que la roche était cependant bien plus solide qu'elle pourrait l'être. Une magie en avait renforcé la dureté, le genre de magie qui réagissait aux tentatives d'effraction ... Orochi avait été une calamité puissante et ses cultes faisaient appel à des forces sombres, ce qui pouvait inclure des divinités noires d'autres panthéons. Briser cette paroi ne devait pas se faire à la légère.

"Oui, allons en ville. Si la tête est bien là, c'est qu'on l'y a mise. Et si on l'y a mise, c'est qu'il y a un moyen d'y accéder. Condamner un artefact pareil à l'isolement n'a aucun sens pour une organisation qui voudrait s'en servir."

Elles revinrent sur leurs pas et remontèrent les coursives minérales avant de retrouver l'atmosphère lourde et embrumée du village. Il n'y avait toujours aucun bruit, aucun mouvement. Le Mal était à l’œuvre et si Enyo n'était pas une experte en perception, ses instincts de guerrière, eux, étaient totalement en alerte. C'est pourquoi quand la détonation claqua, elle avait déjà levé son bouclier, l'interposant entre Aphrodite et le projectile de gros calibre destiné à lui perforer le crâne.

"On dirait que tout le monde n'est pas sensible à ton charme, Aphrodite. En tout cas, notre présence dérange, ce qui prouve que l'endroit représente un intérêt majeur."

Le tireur n'avait pas réitéré sa tentative de meurtre et les trois femmes trouvèrent refuge dans une maison traditionnelle, la première toute proche de l'entrée des grottes. Enyo observa son bouclier et le projectile qui y était fiché.

"Hum ... une balle de 12,7mm, renforcée au tungstène et avec un noyau en uranium appauvri. Ça coûte une petite fortune. Sans mon bouclier ma sœur, j'espère que ton casque aurait servi à quelque chose. Et si on nous engage à distance, il va falloir nous adapter."

La déesse de la guerre n'eut pas besoin d'invoquer quoi que ce soit. Sa tenue romaine et son équipement se métamorphosèrent en quelque chose de beaucoup plus moderne, beaucoup plus seyant, et beaucoup plus surprenant pour une déesse réputée attachée aux traditions anciennes.

Re: Panser les plaies [Bellone]

Posté : 19 janv. 2026 02:05
par Aphrodite
Les Déesses semblaient s’être calmées, et ce sans avoir à se battre, ce qui était en soi un exploit. Les Olympiens n’étaient en effet pas connus pour leur calme ou leur sens de la diplomatie. Mais tant Aphrodite qu’Enyo se devaient d’admettre que Méduse, si elle avait été sur la première ligne de leur liste de suspects, n’avait visiblement rien à voir avec ce qui se passait à Ebisugaoka. Tandis que le trio ressortait de la grotte, Aphrodite s’efforça de faire étalage de ses connaissances :

« Je pense que le nom de ce village doit être lié à Ebisu… Le Dieu japonais des pêcheurs, des marchands, et de la prospérité économique. Et, comme gaoka signifie colline, la traduction littérale de ce village est donc… Colline d’Ebisu. »

Difficile de se dire si cette déduction allait leur être utile, mais il semblait important pour Aphrodite de le dire. Quand le trio sortit de la grotte, Enyo aperçut une lueur au loin, et se déplaça devant Aphrodite. Surprise, celle-ci entendit un choc ricocher contre son bouclier. Surprise, Aphrodite y vit une douille.

« Mais qu’est-ce que ça veut dire ?!
- Il y a une maison à côté, c’est là que je me trouve habituellement, allons-y ! »

Ladite maison appartenait visiblement au gardien de la grotte. C’était une maison de travail, avec un bureau, et un futon au sol. Tandis qu’Enyo optait pour une tenue plus moderne, Aphrodite l’observa, loucha sur ses fesses, et choisit elle aussi de revêtir une tenue plus moderne, blanche avec des motifs dorés. Elle posa ensuite une main sur les fesses d’Enyo, et lui sourit.

« Voilà qui moule bien ton insolente croupe, Enyo… »

Devant ce badinage, Méduse siffla.

« Un peu de sérieux, Aphrodite !
- Oui, oui… Ce n’est pas de ma faute si Enyo me fait de l’œil ! »

Méduse examina à son tour la douille. Aphrodite put voir que le bureau du gardien avait été utilisé par Méduse. Elle avait étalé sur un mur une grande carte d’Ebisugaoka, en mettant ici et là des punaises et des indications. Cela confirmait qu’elle était là depuis un moment.
« Cette balle ne vous aurait pas fait grand-chose, vous êtes des Déesses. Mais j’ignore qui a fait ça, on dirait une munition militaire…
- Si ce village abrite ce que tu penses qu’il abrite, on peut supposer que ce qui vient de s’y passer a pu attirer des militaires… Sans doute t’ont-ils pris pour une menace, eux aussi.
- Pourtant, ce n’est pas moi que ce tireur visait ! » ronchonna Méduse.

Aphrodite haussa les épaules.

« Il y a un temple shinto à l’extrémité est de la ville. C’est là que tu comptais aller ?
- L’infection a commencé dans le centre-ville, elle s’étend ensuite, et contamine tous les humains qui s’y rendent. Je pensais obtenir un début de réponse en allant voir le temple, oui… Mais on peut aussi essayer de remonter la trace de cette balle pour rencontrer ces militaires idiots, je sais qu’Enyo adore ce genre d’individus décérébrés… »

Re: Panser les plaies [Bellone]

Posté : 03 févr. 2026 18:15
par Bellone
Aphrodite ne pouvait être personne d'autre ... qu'Aphrodite. Que sa nature profonde surgisse à ce moment là ne surprit pas Enyo aussi quand sa sœur lui posa la main sur les fesses, elle haussa les yeux comme si elle subissait quelque chose d'habituel.

"Plus tard Aphie ..."

Méduse semblait ne pas partager leur légèreté apparente et émit ses propres commentaires.

"Ne t'inquiète pas pour nous ma ... nouvelle amie ... , nous savons que nous sommes des déesses, et que toi non."

Cependant, la gorgone pouvait avoir raison. Ce projectile pouvait bien être utilisé par les forces d'auto-défense japonaise, mais aussi par certains groupes par-militaires privés; autrement dit des mercenaires. En soi, elles ne risquaient que peu de choses face à des hommes mais avec le temps, Enyo avait appris que les humains disposaient de ressources quand il s'agissait d'obtenir ce qu'ils voulaient. L'Olympe avait été surprise et victime par la capacité des hommes à se défendre et à faire la guerre, il ne fallait pas l'oublier.
Et sur un autre point, Méduse avait aussi raison, c'était Aphrodite qui était visée. Quand on utilisait ce genre de munition, on savait ce que l'on faisait. Pourquoi elle?

La carte prouvait que depuis le début, Méduse leur disait bien plus ou moins la vérité, ou en tout cas ne mentait pas. Rencontrer les "militaires" était la meilleure des choses à faire. Ils seraient capables de les perturber et de s'accrocher à elles comme des sangsues si elles ne réglaient pas ce problème d'abord.

"Aphrodite, je propose que toi et moi allions découvrir qui sont nos perturbateurs. Méduse restera là. Elle pourrait les effrayer ... De loin, c'est déjà assez moche mais de près, ils pourraient avoir du mal à accepter que nous ne sommes pas des ennemis. A moins qu'eux ne le soient ..."

Méduse approuva. Elle avait beau avoir des traits gracieux, elle n'en restait pas moins un monstre aux yeux des humains. Enyo et Aphrodite sortirent de la maison par un accès secondaire et parvinrent à traverser la rue sans être décelées. Bien sûr, elles auraient pu de plusieurs manières arriver à leurs fins mais les déesses étaient tantôt joueuses, tantôt capricieuses et là, elles se sentaient d'humeur à être un peu moins divines que d'habitude. Et puis, Bellone aimait les humains. Elle avait passé plus de temps avec eux qu'avec les dieux et appréciait leur comportement parfois surprenant. Oui, elle aimait ces types décérébrés. Ils s'avéraient fidèles pour peu de choses et bien plus dignes de confiance que des dieux.

Elles passèrent par des fenêtres, longèrent des ruelles minuscules, traversèrent des arrière cours pour enfin s'arrêter à l'angle d'un mur. Ils étaient là, une vingtaine d'hommes et oui, il s'agissait de militaires, des types solides. Un officier écoutait le rapport d'un sniper qui signalait une intrusion de trois personnes, dont le monstre précédemment décelé. Le tir n'avait pas abouti pour une raison étrange, aussi étrange que l'accoutrement des nouvelles venues. Certains hommes toussaient malgré le fait qu'ils portent tous des demi masques respiratoires reliés à des bouteilles d'oxygène de petits formats.

Enyo se tourna vers Aphrodite.

"Il parait que tu serais encore la déesse de l'amour ... Ils ont l'air d'en manquer ces pauvres gars... Je suis sûre que tu disposes de tout le talent nécessaire pour discuter avec eux ..."