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Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 25 août 2026 15:08
par Cléa Néveron
C'était la définition même du chaos ! Cette force obscure qui sévit n'importe où à travers les différents mondes, capable d'arborer bien des formes et de se renouveler sans cesse.
Aujourd'hui, les Sylvandins étaient confrontés à un nouveau fléau. Celui de Cléa. De ses créations auxquelles elle avait collé son nom : les Névrons ! Des entités à la fois lugubres et artistiques qui n'éprouvaient aucune émotion. Des outils de mort à la solde de leur sinistre créatrice. Depuis son antre de luxe qui avait été autrefois sa prison dorée, la Peintresse de Cauchemar suivait leur terrible progression. L'état d'alerte ayant été annoncé, les habitants de la cité s'étaient retranchés dans les casernes prévues à cet effet. Les unités chargées de leur protection bataillaient farouchement contre les différents séides de Cléa. Les Chapeliers, notamment, armés de leur lame épaisse, s'évertuaient à les débiter en morceaux. Quand ils n'y parvenaient pas ou mettaient trop de temps à accompli leur sinistre besogne avec le soutien des Chorales, les Démineurs apportaient le fin mot de l'histoire en une note purement destructrice qui résonnait à travers les couloirs de la majestueuse cité.
Les sujets ont bien moins d'intérêt que celle qui les gouverne.
Cléa avait assisté à la dégringolade de Sa Majesté. Elle n'avait que très peu de temps pour venir la récupérer dans cette ruelle où sa tête devait méchamment lui tourner, suite à pareille chute. La Peintresse de Cauchemar songea à s'y rendre en personne histoire d'être sûre de repartir avec le gros lot, mais comme elle avait foi en l'une de ses plus belles créations...
Autant les mettre à profit.
Tandis que des Bouchecliers, fraîchement sortis des portails, plaçaient la zone du crash de la reine sous quarantaine afin de faire barrage à d'éventuelles escouades de secours, quatre Noirs s'y invitèrent dans un souffle profondément lugubre.

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Cléa, pour sa part, s'approcha un peu plus près d'un de ses cadres de transfert. Son pinceau en main, elle en caressa distraitement les dorures de l'autre, prête à intervenir si jamais ses émissaires en venaient à faillir face aux pouvoirs de la reine désorientée. La Peintresse de Cauchemar tenant avant toute chose à obtenir un brillant aperçu de ses facultés.
Pour qu'un homme aussi doué que le Commandeur Oberyn puisse éprouver autant d'affection pour cette femme, il était logique de penser qu'elle devait forcément en avoir sous la pédale ! Si celle-ci s'avérait aussi belle que puissante, Cléa Néveron se ferait un plaisir sadique de l'asservir - ou de la saillir ? ces deux notions lui faisaient de l'œil - sous le regard de son protecteur affaibli.
Le Cauchemar lui-même l'encourageait mentalement à suivre cette voie ténébreuse. Pour une fois, la fière Eldoise avait l'impression que les murmures se transformaient en une savoureuse mélopée. Piégée dans sa propre folie, elle ne pouvait considérer cela comme autre chose qu'un bon présage...
Depuis combien de temps n'avait-elle pas ressenti un tel frisson d'excitation ?
Avec son emprisonnement, Cléa n'aurait su le dire !
Mais pour jouir à satiété de sa propre liberté, elle pensait avoir besoin d'entraver celle des autres.
N'en allait-il pas ainsi chez les puissants ?

Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 30 août 2026 20:49
par Reine Alice Korvander
Alice se redressa lentement, endolorie, mais indemne. Un miracle ? Avec une telle chute, elle aurait dû avoir des os brisés, a minima. L’armure avait certes un peu protégé la grâcieuse Reine, mais elle devait surtout cette protection à l’artefact qu’elle portait sur elle. Un fin collier doré autour de son cou tenait un pendentif en forme de croix, une croix dorée qui s’illuminait. La Croix de Sylvandell, un artefact défensif qui ne s’activait que quand il était porté par un Korvander. Alice se redressa donc. Elle avait atterri dans une ruelle, et commença à en sortir, s’appuyant contre un mur. Sa tête sifflait, et sa vision était floue, avant de se stabiliser petit à petit. En sortant de la ruelle, elle rejoignit une rue pavée. La partie basse de la capitale ressemblait un peu à cette cité légendaire du Seigneur des Anneaux, Minas Tirith, la capitale du Gondor. Une cité construite autour d’énormes murs circulaires. Ici, on trouvait des murs de cette nature, avec des tours et des ponts suspendus faisant office d’ogives et permettant de passer d’un niveau à l’autre.

Alice se déplaça le long de la rue, notant une charrette abandonnée précipitamment. Un dragon survola la zone en soufflant sur un monstre. Devant elle, Alice aperçut alors deux énormes monstres avec d’énormes boucliers. Des boucliers qui avaient un visage… Et des corps sans visage. Alice grimaça devant ces visions sordides d’hommes déformés. En se retournant de l’autre côté de la rue, Alice vit d’autres Bouchecliers émerger. Ils l’empêchaient ainsi de fuir. La Corix se mit à vibrer entre ses seins. Depuis l’un des ponts suspendus en hauteur, quatre silhouettes encapuchonnées attirèrent à côté de la Reine. Alice vit d’énormes mains blanchâtres jaillir de leurs longs manteaux. Elle trembla sur place, et attrapa son épée.

« J’ignore ce que vous me voulez, sales monstres, mais vous ne m’aurez pas si facilement ! »

Alice n’était guère une battante, mais elle pouvait compter sur un équipement magique particulièrement efficace. Elle dégaina son épée. C’était une épée dorée sertie de pierres précieuses, des cristaux magiques. L’épée s’illumina, et la pointe émit une lueur argentée. Un rayon de magie sacrée fusa vers l’un des Noirs. Le tir surprit le monstre, qui se le reçut de plein fouet. La magie sacrée, la magie des Anges… Une magie blanche devenue offensive. Le tir surprit le Noir, forçant les trois autres à réagir. Un Noir écarta ses mains, qui se mirent à briller dangereusement. Son manteau s’écarta également aussi… Et une décharge de magie frappa de plein fouet Alice.

« Aaaargh !! »

Un tir mortel. La Croix absorba l’onde de choc, mais Alice fut malgré tout soufflé en arrière, et passa à travers la fenêtre d’une maison. Elle rebondit sur une table en bois dans un salon, et roula à terre, terminant sa course contre un escalier en bois au milieu d’un mur. Du sang s’échappait de ses lèvres.

*Putain, ça fait mal !*

Elle savait que ses gardes allaient venir à sa rescousse. Elle devait donc tenir suffisamment, sans trop savoir ce qui allait encore lui tomber dessus, tandis qu’elle entreprenait laborieusement de se relever…

Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 04 oct. 2026 18:50
par Cléa Néveron
La puissance de la Croix de Sylvandell avait infligé de sérieux dégâts au Néveron. Cléa manqua produire un gémissement en percevant la douleur de sa macabre création. Ledit Noir, qui n'avait pas eu le temps de répliquer, se volatilisa aussitôt dans un de ces portraits flottants. Il en restait trois, de ces monstres ténébreux. Trois qui avaient projeté la remarquable blonde à travers la fenêtre d'une maison.
Elle respire encore. Je le sais. Je le sens. Et mes chasseurs aussi.
Le trio encapuchonné flotta jusqu'au domicile abandonné. Cléa leur ordonna mentalement de ne pas y entrer. Elle avait vu ce qu'elle voulait voir, mais maintenant il y avait autre chose qui l'intéressait bien plus que d'assister à une exécution royale. D'une autre impulsion mentale, elle intima aux Bouchecliers de resserrer les rangs autour de la maison.
Un peu de temps : voilà tout ce qu'elle attendait qu'ils lui donnassent.
En attendant, un cadre cerclé d'or s'était immobilisé au-dessus du repaire précaire de la jeune reine.
Il y eut comme un changement brutal dans l'air. Le frissonnant passage d'une onde invisible à la nature ambiguë. L'annonce de quelque chose d'imprévisible. Un mouvement rapide et diffus au sein de ce drôle d'échiquier qu'était devenue la cité tout entière. Une sensation que la garde de la Reine était à même de ressentir malgré la distance.
La maison fut alors prise d'une unique et violente secousse !
Il y eut un moment de silence. Très troublant. Chargé en tension...
Puis le toit de la maison disparut en se disloquant dans les airs, brutalement arraché à sa base par une puissance innommable.

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En levant les yeux, Alice pouvait enfin la voir. Attribuer un visage à sa nouvelle ennemie, la Peintresse de Cauchemar. Couverte de son élégante robe noire, la talentueuse sorcière flottait dans le vide, les pieds nus et le pinceau en main. Une magie malsaine se diffusait tout autour de sa silhouette. Un parfum pictural, plus ou moins identique à celui que portait ses créations macabres.
Les Noirs ne bougeaient toujours pas.
Ils attendaient, assistant - presque religieusement - à la lente descente de leur maîtresse impie derrière leurs mains jointes.

- Reine, commença l'artiste peintre sur un ton... souverain, Bien qu'esseulée, vous m'apparaissez en assez bonne forme...

Elle feignit un sourire.

- Une chance pour vous car là où vous atterrirez, vous en aurez grand besoin.

Elle n'attendit pas de réponse. Cléa leva son pinceau, pointant la tête couronnée. De deux coups de poignet, elle hachura l'air. Une grande croix rouge apparut en dessous de celle qu'Alice portait déjà. L'artefact amortit sans doute le choc au point de la faire seulement chanceler mais la marque, elle, se colla bel et bien à son corps de rêve.
Un qualificatif qui, désormais, faisait horreur à la Peintresse de Cauchemar.
Celle-ci agita les doigts de sa main libre. Le cadre à la surface aqueuse dont elle était sorti se planta dans le sol pour s'y dresser comme une porte.

- Maintenant, l'heure est venue pour vous de faire un choix : plonger sagement dans cette toile ensorcelée pour m'accorder une audience, ou bien me forcer à vous y jeter comme un vieux sac rempli de pièces d'or.

Avant que son interlocutrice ne puisse lui glisser quoi que ce fût, Cléa leva son pinceau et enchaîna froidement :

- Dans un cas comme dans l'autre, ceux qui viendront à votre rescousse périront dans d'atroces souffrances. Et pour ce qui en est des autres... (Elle haussa les épaules.) Hum. Je devrais pouvoir les soulager du fardeau de la vie, eux aussi.

Elle était folle. Mais on l'avait déjà enfermée pour cela. Et ça n'avait rien changé. Pire encore : sa libération de la main du Cauchemar l'avait rendue plus dangereuse encore.

Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 12 oct. 2026 01:47
par Reine Alice Korvander
L’armure d’Alice avait absorbé la majeure partie de l’impact. La jeune femme n’était pas une guerrière, elle ne pouvait compter que sur son équipement, son artefact, et sa nature semi-divine, pour s’en sortir. Pour le reste, elle n’avait jamais fait montre d’un talent exceptionnel à l’épée ou au maniement de l’arc, au grand désespoir de ses nombreux formateurs en la matière, et de son père. Elle songea brièvement que, à sa place, son père aurait foncé dans le tas avec son arme terrifiante, le Marteau de Guerre de Sylvandell. Là où la Croix était un artefact défensif, le Marteau était l’artefact offensif. Une arme terrifiante, mais que seul Tywill pouvait manier. Son père n’était pas à Sylvandell en ce moment, mais Alice savait qu’il débarquerait dès que les nouvelles de l’invasion remonteraient jusqu’à ses oreilles.

Alice parvint à se relever, surprise que les monstres ne l’attaquent pas. La Croix se mit alors à vibrer bien plus furieusement. Alice perçut des vibrations secouer la maison, des fissures… De la poussière lui tomba sur la tête, et, sous ses yeux médusés, le plafond de la maison s’arracha alors. La toiture s’envola, disparaissant dans un vortex noirâtre d’où émergea… Une silhouette. Alice commença par voir des pieds nus, puis une robe noire. Flottant au-dessus d’elle, une femme brune croisait son regard. Alice, qui ne l’avait jamais vue, se recula nerveusement, et heurta le mur.

*Qui est-ce ?!*

Si son artefact ne pouvait répondre à cette question, il vibrait suffisamment pour lui confirmer que cette femme était de toute évidence une puissante magicienne. Elle généra ensuite une sorte de croix rouge, qui tomba vers Alice. La croix rouge se figea sur son corps, s’y grava. La jeune femme sentit la vague la saisir, et tomba à genoux.

« Aaaarghh !! » gémit-elle.

Elle s’appuya d’une main sur la table de la cuisine de cette maison, et se redressa ensuite. Entre ses seins, elle avait cette marque rouge. Face à elle, la femme lui proposa de la suivre spontanément, ou de se battre. Alice fronça les sourcils. Elle l’avait appelé « Reine », confirmant par ce simple mot que son interlocutrice la cherchait, elle.

« Je suis prête à me constituer otage… Si tu suspends ton attaque. Renvoie tes monstres, épargne mon peuple, et je te suivrai. Si tu refuses, sache que tu le regretteras. Je sens bien que tu es puissante, mais espères-tu vraiment pouvoir gagner ? Il n’y a pas que Sylvandell. Quand la nouvelle de ton agression remontera jusqu’à la capitale, c’est l’Empire tout entier qui s’attaquera à toi, et à tes monstres. »

Alice fronça les sourcils. Elle ignorait ce que cette femme lui avait fait, mais elle était disposée à la suivre, si cela impliquait la fin des hostilités.

« Tu es venue pour moi, non ? Donc… Si je te suis, tu n’as aucun intérêt à continuer ton attaque. »

Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 14 oct. 2026 16:15
par Cléa Néveron
Redevenue silencieuse, Cléa considéra posément les propos de Sa Majesté.
Un discours pour le moins touchant. Une proposition héroïque, surtout ! Cette reine ne manquait pas d'aplomb. Prête à se sacrifier pour le bien de son peuple, elle faisait honneur à sa couronne. Et elle ferait sans doute une excellente martyre en tombant ainsi pour son précieux royaume...
La Peintresse de Cauchemar secoua lentement la tête. Elle le fit non pas pour lui répondre, non. C'étaient plutôt les murmures dans son esprit maudit qui l'avaient fait remuer ainsi. Une gêne qu'elle dissimulait bien, d'ordinaire...
D'ordinaire, oui.
Elle renifla d'agacement.

- Une optimiste, lâcha-t-elle avec dédain avant que son regard ne s'éclaire brièvement d'un feu mauvais, surnaturel. Mais qui a bien conscience de ce qu'elle représente, et de ce que la destruction de sa cité engendrerait auprès des plus influents. (Elle eut un mince sourire, d'un genre provocateur.) L'Empire peut attendre. Il finira bien par avoir vent de la menace que je représente, de toute façon. Exactement comme tous les autres, qui disparaitront bien plus rapidement que lui...

Pour elle, répandre la mort partout dans le vaste monde relevait du fantasme absolu. Car transmise par sa main - ou celles de ses créations -, la mort se muait alors en quelque chose de plus fort et servile. Les Néverons ainsi soulevés en étaient la plus parfaite représentation ! La qualité de la Chroma - cette essence vitale savamment raffinée par une artiste au talent impie - qui les animait dépendant en grande partie du pouvoir de l'être ponctionné et de l'étendue de sa souffrance/plaisir. Voilà pourquoi la Peintresse de Cauchemar préconisait la torture plutôt que la simple exécution.
La Reine Alice Korvander, à elle seule, allait donc pouvoir payer la dîme à la place de ses inférieurs.

- J'accepte d'accorder un répit à ces cancrelats insignifiants qui vous servent de sujets. (Le coin de ses lèvres se souleva un chouïa.) Vous serez sans doute un peu déçue d'apprendre que d'aucuns ont déjà rendu l'âme pendant l'assaut, mais je ne me fais aucun souci pour votre santé mentale ; occupez comme vous le saurez au sein de mon domaine, vous aurez vite fait d'oublier ce très modeste tribu.

De regrettables pertes pour la Reine ; un bon plus pour son agresseuse au cœur de glace.
Cléa baissa son pinceau, désignant la toile-portail à la blonde beauté.

- Entrez donc. Aussitôt fait, mes sujets cesseront de s'amuser au détriment des vôtres. Je vous donne ma parole de Peintresse.

De l'autre côté, dans l'atelier du Manoir Suspendu où elle déboucherait alors, Alice pourrait en attester par l'intermédiaire des toiles-miroirs. Elle y trouverait d'autres œuvres complexes en préparation. Des trésors de créativité encadrés par d'étranges statues guerrières.

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En réalité ? D'autres Néverons qui occupaient la fonction de vigie. Des Chevalières en Céramique prêtes à tailler en pièces d'éventuels intrus. Cléa ne comptait pas les lui présenter. Elle allait la transférer dans une autre toile. Celle qui servait de prison mystique au Commandeur. Là où le brave homme subissait le chant maudit des Ballerines...
Comment se portait-il, celui-là, après tant de temps passé - dans sa totale impuissance - à se faire remplir les oreilles ?
Là-haut, suspendu dans cette parodie de ciel que les couleurs sillonnaient en amas tumultueux, Alice découvrirait un globe d'un noir d'encre au mince contour doré. Une étrange sphère, visiblement en pleine phase de croissance, qui renfermait une magie particulière intense...
Un pouvoir en lien avec la souffrance du Commandeur.
Peu importait sa résistance, sa résilience.
Car tout ceci contribuait à l'avancement du projet de Cléa.
Mais... quel était-il, au juste ?

Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 19 oct. 2026 01:56
par Reine Alice Korvander
Alice ne put que froncer les sourcils quand Cléa lui annonça que, si elle comptait suspendre son attaque, il y avait déjà des morts.

*Tu vas me le payer, sale monstre !*

La jeune femme dut faire sur elle. Cléa lui proposa de rejoindre son Manoir, tout en parlant de manière… Très évasive, lyrique. Alice n’arrivait vraiment pas à cerner cette femme. Les monstres qu’elle employait ne lui disaient rien, et elle ne pouvait que constater combien sa magie semblait puissante. Comme aurait pu dire l’amiral Ackbar, Alice se doutait qu’elle tombait dans un piège. Mais sa priorité restait de protéger son peuple, alors, si cela pouvait mettre fin à l’attaque…

« Tu n’as pas intérêt à me mentir. »

Difficile de savoir ce qui inspirait confiance chez cette femme brune éthérée. On ne pouvait lui nier une certaine beauté, notamment avec l’élégante robe qu’elle portait, mais l’air faussement guilleret de ses joues contrastait avec ses yeux, froids et acérés. Des yeux qui semblaient empreints d’une cruauté infinie, confirmant l’âme noirâtre de la personne qui lui faisait face. Prenant son courage à deux mains, et bien décidée à stopper cette folie, Alice franchit le Portail.

Elle se retrouva alors à l’intérieur du Manoir Suspendu. La tête blonde émergea dans une sorte d’atelier de peinture onirique. Elle vit d’énormes tableaux avec des toiles qui semblaient animées, des toiles qui flottaient en l’air, le tout parsemé d’étonnantes structures, des statues noirâtres. Les statues représentaient des sortes de chevaleresses en céramique, prêtes à abattre leurs épées. Le plafond de l’atelier était lui aussi surprenant, rappelant un peu à Alice le plafond du Grand Hall du manoir de Poudlard tel qu’on pouvait le voir dans les films ou le lire dans les livres, une sorte de toit multicolore, dont on peinait à en discerner la forme. Et, naturellement, la Croix d’Alice se mit à vibrer fortement, sentant toute la magie environnante.

Alice se retourna vers Cléa, et, avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit, celle-ci tendit la main vers elle… Et la projeta à travers une toile.

« Aaaahh… !! »

La jeune femme atterrit sur un sol froid et dur. En se relevant, elle vit en hauteur une sorte d’étrange sphère noirâtre énergétique. Alice entendit des sifflements, des chants. En tournant la tête, elle écarquilla les yeux. Attaché à une croix de Saint-André, ses pieds ne touchant plus le sol, Oberyn était là. Torse nu, il était entouré par de curieuses créatures volantes, qu’Alice avait pu voir lors du siège.

« Commandeur Oberyn ! »

Alice se rapprocha des Ballerines.

« Commandeur ! Lâchez-le, sales monstres ! Disparaissez ! »

Re: Le siège de Sylvandell [PV Alice Korvander]

Posté : 20 oct. 2026 11:20
par Cléa Néveron
Aux quatre coins de la cité montagnarde de Sylvandell, les Néverons battaient en retraite, rejoignant sans faire davantage de victime les cadres mystiques qui les avaient vomis. Les plus imposants d'entre-eux disparurent en contrebas, au-delà des remparts qu'ils avaient escaladés. Le Manoir Suspendu s'éloignait lui aussi, flottant vers les pics voisins. Le peuple d'Alice avait gagné son répit, mais pour combien de temps au juste ?
De cela, seule Cléa était au courant.

La Reine à la toison d'or fut poussée dans une œuvre d'art vivante si lugubre qu'elle ne put en reconnaître la complexe beauté. Elle n'avait par ailleurs guère le loisir d'en admirer l'ouvrage surréaliste, son attention aussitôt aimantée au pauvre hère qui partageait sa cellule.
Entouré par les flottantes Ballerines, le Commandeur Oberyn n'en menait décidément pas large. Le brave homme avait été « installé » sur une croix, où il n'avait absolument aucun moyen d'échapper au chant des insupportables Néverons qui le harcelaient comme autant de sirènes attablées autour d'un même naufragé.
Dans le dos de sa beuglante Majesté, la Peintresse de Cauchemar s'avança souverainement.

- Pas une de vos saintes paroles ne saurait les atteindre, articula-t-elle, son regard froid braqué sur les chanteuses qui, effectivement, n'avaient pas été distraites le moins du monde par cette intervention royale. Elles n'obéissent qu'à celle qui leur a donné consistance. Et c'est ce à quoi se résument leurs ambitions.

Cléa claqua des doigts. Les Ballerines s'immobilisèrent, tournant leur absence de visage vers leur maîtresse. Celle-ci eut un geste de la main à l'adresse de son invitée marquée. L'air parut se densifier autour de la Reine. Une impression de lourdeur telle qu'elle la mit à genoux. Cléa s'avança encore, jusqu'à se retrouver derrière son otage. La Peintresse de Cauchemar ne baissa même pas les yeux dessus au moment de lui poser une main humiliante sur le crâne.

- Les miennes n'ont d'égal que celles des dieux.

Dans sa tête, les murmures affluèrent. L'Eldoise n'avait pas besoin de les entendre pour savoir qu'elle se tenait sur la bonne voie. Pourtant, il lui était impossible de les ignorer complètement. Il lui avait fallu du temps pour se constituer un masque suffisamment solide pour que personne ne puisse lire sa perpétuelle souffrance sur son visage.
Aujourd'hui, elle était la seule à savoir. La seule à entendre et à comprendre.
Cléa ne tenait plus son pinceau. Elle leva sa main libre vers cette sphère noirâtre qui palpitait doucement, tel un cœur apaisé, dans cette parodie de ciel encombré de volutes colorées. Quand elle referma le poing dans le vide, la dimension entière fut parcourue de ce qui ressemblait fort à un tressaillement. Une prison vivante. Une cellule de pouvoir réservée aux privilégiés.
Le Commandeur et sa supérieure adorée en incarnaient les pièces principales.

- Ce n'est guère suffisant. Il nous en faut plus pour mettre sur pied le plus puissant des guerriers. L'Epée de Lumière qui assainira ce monde tout entier...

Elle fit une pause, baissant les yeux sur la Reine.

- Sylvandell aura l'insigne honneur d'en contempler l'infinie beauté. De le voir entrer dans l'histoire.

Elle relâcha sa jolie tête blonde, la dépassant d'un pas toujours aussi souple et élégant dans sa robe noire comme l'était son âme. Elle contempla le Commandeur Oberyn, un moment silencieuse, avant de se tourner à demi vers celle pour qui il était prêt à sacrifier sa vie.

- Cet homme est amoureux de toi, Reine. Tellement qu'il en devient aveugle vis-à-vis de sa propre santé. Tellement qu'il en vient à s'oublier. Lui, ainsi que sa souffrance... (Elle secoua la tête.) Aussi absurde que cela puisse paraître, j'ai moi-même été à sa place. J'ai éprouvé ce sentiment brûlant, étouffant, pour un autre que je pensais digne de ma personne. (Un muscle se contracta au niveau de sa joue.) C'était une lamentable erreur. Que je regrette encore aujourd'hui.

La main crispée comme une serre à l'attention d'Oberyn, Cléa le fit se tordre de douleur sur la croix. Des veines affleurèrent sur sa peau, le long de ses muscles contractés à l'extrême. Un effort terrible qui paraissait trouver son écho à la surface agitée de ce globe ténébreux suspendu dans les airs.

- Il existe deux moyens d'alimenter ce sortilège interdit, clama la Peintresse par-dessus les gémissements rauques du torturé. Le premier, en infligeant des tourments à mes pensionnaires comme je sais si bien le faire. Quant au second...

La Chroma qui composait sa tenue se mit à tournoyer autour de sa silhouette, la dissimulant dans un tourbillon de blanc et de noir. Un voile qui s'étiola brusquement, remplacé par un équipement de dominatrice à la poitrine aérée.

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Cléa se fendit d'un sourire mesquin.

- Il prend racine dans la sensualité.

Difficile de ne pas voir qu'elle était armée d'un fouet. Encore plus quand l'Eldoise en relâcha la lanière prisonnière de ses doigts, la faisant claquer contre le sol inconfortable.

- Peu m'importe la manière, poursuivit la sadique en ramenant le cuir effilé par-dessus son épaule, vous contribuerez tous les deux à nous apporter pleine satisfaction.

Sous les yeux de la Reine, l'épaisse lanière s'envola vers le Commandeur. Elle lui écorcha la peau, en premier lieu, avant de diffuser à travers ses chairs un courant si puissant qui le fit presque convulser. Une force qui, du même coup, intima sa virilité à se redresser. Une excitation humiliante sous le regard de celle qu'il estimait le plus, et de celle qu'il allait apprendre à détester de toute son âme.