Jamais la quête de popularité n'avait cessé. Malgré une polémique récente impliquant Karina et des propos lâchés à l'encontre de « ces Indiens qui débarquent pour faire des rues une déchetterie », ses manigances n'en étaient que retardées. Alors qu'elle faisait profil bas sur les réseaux, elle s'arrangeait avec son attaché presse et confidente sur la manière dont elle pourrait s'attirer la sympathie du public. Des solutions basiques telles qu'un don à une œuvre caritative ou des visites d'usines avaient été proposées mais aucune ne convenait à Karina. Elle voulait quelque chose de plus grand, quelque chose qui éclipserait les news sans importance pendant au moins un bon mois. Son regard s'était ainsi tourné vers le passé. Le Japon avait hérité d'une sacrée réputation auprès des historiens, celle d'un pays où s'investir dans la politique résultait bien trop souvent en tentatives d'assassinat politique. Cependant, Karina n'avait guère envie de mettre sa vie entre les mains d'un tireur embusqué qui pouvait faire une bête erreur de calcul et lui loger la balle dans le crâne plutôt que dans l'oreille. Il lui fallait autre chose, un événement qui choquerait mais ne la mettrait pas autant en danger. De nouvelles délibérations l'avaient amenée à porter son choix sur un enlèvement. Mais qui serait prêt à s'en charger et à ne pas vendre la mèche ? C'était à Kimi de trouver la réponse.
Quelques jours plus tard, la jeune femme fit son entrée dans le bureau de sa patronne, un dossier sous le bras. Karina remarqua de suite le petit foulard rouge de Kimi. Sa couleur n'était pas anodine puisqu'elle s'intégrait dans un petit jeu de codes qu'elles avaient développé lors de leur adolescence. Bleu pour « besoin de réconfort », blanc pour « rien de neuf », vert pour « tout va bien », noir pour « je ne veux pas parler » et enfin rouge pour « sujet sensible ». De peur que ce petit jeu soit compromis en raison de ses nombreuses apparitions publiques, Karina l'avait abandonné. Seule Kimi l'avait maintenu en vie au cours de ces dernières années et semblait aujourd'hui encline à le répéter une fois de plus, ce qu'elle confirma en entamant la conversation d'une façon incongrue. « Bonjour Mademoiselle. Les nouvelles vont de bon train. Votre mère tient à s'excuser pour la première fois, déclara la fidèle associée tout en s'avançant vers le bureau de sa patronne.
— Ce n'est pas trop tôt. Elle se savait en tort mais s'évertuait à jouer la forte tête pour les apparences, poursuivit Karina, déterminée à jouer le jeu quelle que soit la raison derrière. Kimi tendit ensuite le dossier à la boss qui l'attrapa et se mit à le lire silencieusement.
— Voici votre emploi du temps pour la semaine à venir ainsi que des annotations personnalisées. Je ne serai pas en mesure de vous assister lors de mes congés, j'ai donc pris toutes les précautions nécessaires en avance. Veuillez contacter Madame Sakamoto en cas d'urgence.
— Ah, tes vacances... J'avais oublié. »
Elles poursuivirent la conversation l'air de rien, enchaînant sur des sujets parfois mondains, parfois plus sérieux d'apparence. En parallèle, Karina poursuivit sa lecture du dossier dont l'incipit annoté lui apprit que Kimi s'était potentiellement exposée à des risques médiatiques, bien entendu contre son gré, lors de ses recherches, et qu'elle préférait qu'aucun mot ne soit dit concernant la mise en place du plan fou détaillé par le dossier. Selon ce dernier, le contact avait déjà été établi avec un gang indépendant se faisant appeler les Animals. Lieu, heure et date avaient également été convenues, avec une grille tarifaire qui garantissait un versement préalable au gang puis une prime en cas de réussite, le tout depuis un compte offshore au nom d'un patron complice. Les seules instructions laissées aux gros bras étaient de « ne pas blesser Mademoiselle Aogami de façon permanente » et de « ne pas exposer son garde du corps à des conséquences fatales, celui-ci n'ayant pas été mis au courant afin de garantir le secret et le réalisme de l'opération ».
Une fois le dossier passé en revue, Karina le rendit à Kimi et hocha simplement la tête, faisant implicitement savoir à son amie qu'il lui faudra s'en débarrasser sans laisser la possibilité de le retrouver ou recomposer. « Tu ne m'as pas épargnée. Je pensais que tes vacances me permettraient de me reposer un peu mais je vois que tu es toujours aussi cruelle.
— Tout pour votre succès, Mademoiselle.
— Je suppose que tu as raison, oui. »
Le jour convenu, Karina se rendit dans un restaurant de quartier ouvrier, loin du luxe qu'elle affectionnait, et d'ailleurs vêtue plus modestement quoique toujours élégamment pour l'occasion : un veston beige en laine au col V sans rien dessous à l'exception de lingerie, un jean bleu moulant aux ourlets repliés et exposant ainsi les chevilles de l'ex-mannequin, décorées par la fine lanière en cuir de ses escarpins assortis au blanc de son vernis à ongles. Une femme débrouillarde pouvait recomposer cet ensemble pour un peu moins de quinze mille yens. Cet élan de populisme, évidemment volontaire, avait été arrangé pour maximiser les conséquences empathiques de l'enlèvement. Accompagnée de son garde du corps pour des raisons de crédibilité, Karina traça sa route au travers les curieux pour aller saluer le modeste patron de l'enseigne et le féliciter pour son « honorable travail qui permet au cœur de la nation de se nourrir à prix abordable ». Elle échangea avec lui pendant quelques minutes, écoutant ses rêves et doléances, puis partit s'installer à table après avoir passé commande.
Comme prévu, les civils présents sur les lieux ne se doutaient de rien, certains avaient même déjà leurs portables de sortis, tweetant et photographiant la scène. L'heure approchait dangereusement mais Karina restait naturelle, savourant ses haricots et pommes de terre en adressant parfois quelques saluts de la tête aux caméras qui capturaient son image. Taro, son garde du corps, se tenait derrière la chaise de sa patronne, droit comme un piquet et sur le qui-vive mais inconscient de ce qui allait se produire prochainement.
Quelques jours plus tard, la jeune femme fit son entrée dans le bureau de sa patronne, un dossier sous le bras. Karina remarqua de suite le petit foulard rouge de Kimi. Sa couleur n'était pas anodine puisqu'elle s'intégrait dans un petit jeu de codes qu'elles avaient développé lors de leur adolescence. Bleu pour « besoin de réconfort », blanc pour « rien de neuf », vert pour « tout va bien », noir pour « je ne veux pas parler » et enfin rouge pour « sujet sensible ». De peur que ce petit jeu soit compromis en raison de ses nombreuses apparitions publiques, Karina l'avait abandonné. Seule Kimi l'avait maintenu en vie au cours de ces dernières années et semblait aujourd'hui encline à le répéter une fois de plus, ce qu'elle confirma en entamant la conversation d'une façon incongrue. « Bonjour Mademoiselle. Les nouvelles vont de bon train. Votre mère tient à s'excuser pour la première fois, déclara la fidèle associée tout en s'avançant vers le bureau de sa patronne.
— Ce n'est pas trop tôt. Elle se savait en tort mais s'évertuait à jouer la forte tête pour les apparences, poursuivit Karina, déterminée à jouer le jeu quelle que soit la raison derrière. Kimi tendit ensuite le dossier à la boss qui l'attrapa et se mit à le lire silencieusement.
— Voici votre emploi du temps pour la semaine à venir ainsi que des annotations personnalisées. Je ne serai pas en mesure de vous assister lors de mes congés, j'ai donc pris toutes les précautions nécessaires en avance. Veuillez contacter Madame Sakamoto en cas d'urgence.
— Ah, tes vacances... J'avais oublié. »
Elles poursuivirent la conversation l'air de rien, enchaînant sur des sujets parfois mondains, parfois plus sérieux d'apparence. En parallèle, Karina poursuivit sa lecture du dossier dont l'incipit annoté lui apprit que Kimi s'était potentiellement exposée à des risques médiatiques, bien entendu contre son gré, lors de ses recherches, et qu'elle préférait qu'aucun mot ne soit dit concernant la mise en place du plan fou détaillé par le dossier. Selon ce dernier, le contact avait déjà été établi avec un gang indépendant se faisant appeler les Animals. Lieu, heure et date avaient également été convenues, avec une grille tarifaire qui garantissait un versement préalable au gang puis une prime en cas de réussite, le tout depuis un compte offshore au nom d'un patron complice. Les seules instructions laissées aux gros bras étaient de « ne pas blesser Mademoiselle Aogami de façon permanente » et de « ne pas exposer son garde du corps à des conséquences fatales, celui-ci n'ayant pas été mis au courant afin de garantir le secret et le réalisme de l'opération ».
Une fois le dossier passé en revue, Karina le rendit à Kimi et hocha simplement la tête, faisant implicitement savoir à son amie qu'il lui faudra s'en débarrasser sans laisser la possibilité de le retrouver ou recomposer. « Tu ne m'as pas épargnée. Je pensais que tes vacances me permettraient de me reposer un peu mais je vois que tu es toujours aussi cruelle.
— Tout pour votre succès, Mademoiselle.
— Je suppose que tu as raison, oui. »
Le jour convenu, Karina se rendit dans un restaurant de quartier ouvrier, loin du luxe qu'elle affectionnait, et d'ailleurs vêtue plus modestement quoique toujours élégamment pour l'occasion : un veston beige en laine au col V sans rien dessous à l'exception de lingerie, un jean bleu moulant aux ourlets repliés et exposant ainsi les chevilles de l'ex-mannequin, décorées par la fine lanière en cuir de ses escarpins assortis au blanc de son vernis à ongles. Une femme débrouillarde pouvait recomposer cet ensemble pour un peu moins de quinze mille yens. Cet élan de populisme, évidemment volontaire, avait été arrangé pour maximiser les conséquences empathiques de l'enlèvement. Accompagnée de son garde du corps pour des raisons de crédibilité, Karina traça sa route au travers les curieux pour aller saluer le modeste patron de l'enseigne et le féliciter pour son « honorable travail qui permet au cœur de la nation de se nourrir à prix abordable ». Elle échangea avec lui pendant quelques minutes, écoutant ses rêves et doléances, puis partit s'installer à table après avoir passé commande.
Comme prévu, les civils présents sur les lieux ne se doutaient de rien, certains avaient même déjà leurs portables de sortis, tweetant et photographiant la scène. L'heure approchait dangereusement mais Karina restait naturelle, savourant ses haricots et pommes de terre en adressant parfois quelques saluts de la tête aux caméras qui capturaient son image. Taro, son garde du corps, se tenait derrière la chaise de sa patronne, droit comme un piquet et sur le qui-vive mais inconscient de ce qui allait se produire prochainement.
