Cette puissante province impériale, très autonome, est sous la gouvernance de la sensuelle, mais non moins redoutable, Nyotengu Hattori.
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La Crise de Rosalith [PV]

Message par Takeshi Hattori »

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Takeshi Hattori
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Fiche
Demande de RP
L’Empire de Mijak disposait d’une grande mer intérieure. On trouvait le long de cette mer les provinces les plus riches de l’Empire, comme Papua, le Domaine Viscarion, le Tao-Bong… Ou encore le royaume de Sangbrèque. Quand l’Empire avait conquis l’une après l’autre les provinces entourant cette mer, les Mijakiens avaient commencé par prendre les Sangbréquois. Et, avec l’aide de ce redoutable royaume, ils avaient pu envahir les autres provinces.

Le royaume de Sangbrèque représentait une puissance militaire de premier plan. Sa capitale, Oriflamme, était une ville immense, reconnaissable au loin grâce à son château-fort, juché au sommet d’une falaise, qu’on croirait qu’il flotte dans le ciel. Le royaume était dirigé depuis des éons par Barnabas Tharmr. Quantité de légendes émanaient de cet homme. On disait de lui qu’il avait conquis seul le royaume de Sangbrèque, qu’il l’avait fondé en détruisant le fort qui s’y trouvait jadis à l’aide de son épée magique, « Zantetsuken ». Ces mêmes légendes affirmaient aussi que Zantetsuken était une épée légendaire, capable de détruire des forteresses. Barnabas avait volontairement accepté de rejoindre l’Empire quand les Mijakiens avaient frappé à sa porte.

Barnabas avait porté son appétit vers une micro-province située le long de la mer intérieure, l’archiduché de Rosalith. Sa prise résultait d’un imbroglio politique lié à la crise résultant de l’Olympomachie. Petite province, Rosalith abritait surtout sa capitale, qui s’appelait également Rosalith, une ville paisible réputée pour la beauté picturale de son architecture, de ses paysages, et de ses artistes. La ville était sous le règne de l’Archiduc Elwin Rosfield. Lors de l’Olympomachie, l’Archiduc avait perdu la vie. Une mort officiellement imputée aux Olympiens, mais qui résulta en réalité de sa vénéneuse épouse, Anabella Rosfield. Belle, jeune, et surtout ambitieuse, elle était la seconde épouse de l’Archiduc après la mort de sa première femme, et avait conclu un pacte avec Barnabas, prévoyant de lui céder le contrôle de Rosalith à la mort de l’archiduc. Tout ce dont Anabella avait besoin, c’était que le Conseil Impérial autorise celle-ci à assurer la régence suite à la mort d’Elwin. Une formalité, en principe…

…Sauf que l’Empereur Wismerhill était mort lors de la bataille contre les Dieux.

L’Empereur avait retrouvé la vie et la lucidité pour se retrouver à devoir combattre deux de ses anciens « alliés » : Haazhel Thorn, son conseiller magique, et Greldinard, le baron de Moork. Ceux qui avaient aidé Wismerhill à prendre le pouvoir s’étaient retournés contre lui. Ou, plutôt, l’Empereur s’était libéré de l’influence corrosive de Haazhel Thorn sur lui. Haazhel avait fait de Greldinard son nouveau pantin, et, profitant de la mort de Wismerhill, Haazhel Thorn avait fait en sorte que Greldinard devienne le nouvel Empereur. La résurrection de Wismerhill avait contrecarré les plans de Haazhel Thorn, et provoqué un schisme au sein de l’Empire, une guerre civile larvée entre les « loyalistes », fidèles à Wismerhill, et les « séparatistes », qui suivaient Greldinard.

Barnabas avait rejoint le camp de Haazhel Thorn, et Anabelle Rosfield avait bénéficié d’un décret impérial signé par Greldinard pour devenir la régente de Rosalith. Sa première décision fut de nommer Barnabas « protecteur de Rosalith ». Barnabas avait alors pris possession de Rosalith. Sa cible ? Les deux filles issues de la précédente union de Barnabas, les héritières légitimes de l’archiduché, Aelia et Linoa Rosfield. Anabella avait été incapable de les tuer lors de l’Olympomachie, car les deux héritières étaient alors à Papua pour un voyage diplomatique. La prise de pouvoir d’Anabella aurait pu être totale, mais les deux sœurs avaient réussi à s’enfuir, et avaient rejoint Papua. De là, elles avaient envoyé une lettre à Wismerhill sollicitant son aide pour sauver Rosalith.

Ce qui aurait dû être une simple crise de succession, courant entre les nobles, prenait ainsi un tournant majeur, pour être le point d'amplification de la « Deuxième Guerre Civile de Mijak », avec l'ouverture d'une seconde crise à l'ouest après la crise liée à la baronnie de Moork. La crise de Rosalith évoluait peu à peu en conflit majeur. Il était acquis que Barnabas comptait utiliser Rosalith comme avant-poste de son armée pour déferler sur les autres provinces. Les troupes papuannes s’étaient mises en ordre de marche pour reprendre Rosalith, mais l’armée papuanne était assez affaiblie. Les Papuans avaient perdu beaucoup de soldats lors de la guerre contre les Olympiens. Les regards se tournaient donc vers le Tao-Bong, qui n’avait pas encore officiellement pris position.

C’est dans ce contexte houleux que l’Empereur était attendu au Tao-Bong. Une réunion importante était prévue, puisque l’Empereur viendrait en compagnie d’autres représentantes de puissances mijakiennes, dont certaines avaient déjà rendu visite à la Shogun : Alice Korvander, Mélinda Warren, Rhian Thoris, et Daenerys Viscarion. Une réunion au sommet où Rhian était déjà présente. Proche du Tao-Bong, celle-ci avait été la première à revenir, heureuse de retrouver la Shogun, auprès de qui Rhian avait récemment rendu visite. La réunion était prévue à Ryujin-jo, la forteresse ancestrale des Marashima, le clan du Dragon, dont était issu l’ancien Shogun, et le fils de ce dernier, le Prince Takeshi Hattori, époux de la Shogun Nyotengu. Ryujin-jo était un endroit sécurisé, dans les montagnes du nord. Rhian s’y trouvait déjà, elle était venue en compagnie de Phasmaria, car c’était elle qui avait permis l’exfiltration des héritières Rosfield, et qui les avait cachées chez elle, dans son Oasis, là où il n’y avait aucun risque que des tueurs envoyés par Barnabas ne viennent les occire.

Une réunion au sommet centrale se préparait donc avec la venue du cortège impérial et de ses invités…
DC de l'Observateur !

Pour toute demande de RP, envoyez un MP sur mon compte central, ce sera plus simple pour moi, et, ainsi, je ne risque pas de vous oublier !

Vous trouverez sur ce topic la liste de tous mes personnages jouables !

Re: La Crise de Rosalith [PV]

Message par Nyotengu Hattori »

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Nyotengu Hattori
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Celles et ceux qui cherchaient le pouvoir à tout prix...étaient des fous. C'était globalement la conclusion que Nyotengu aurait pu tirer de ces deux années à la tête du Shogunat, et celles à suivre promettaient d'être aussi peu reposantes, voire pire. L'Olympomachie avait été en soit une crise majeure, dont le Tao-Bong n'était pas sorti indemne, mais toute une succession était par la suite venue s'y ajouter, et chacune avait menacée, d'une façon ou d'une autre, la place et la vie de Nyotengu et de Takeshi.
Que les deux soient encore en vie et au pouvoir avait démontré leur résilience, leur détermination, mais aussi le lien fort qui les unissait désormais. Cela faisait maintenant quelques semaines que la rébellion ouverte du Clan du Dragon avait été matée**, et la répression avait été rude, non pas vis à vis des populations, mais d'un bon nombre de familles nobles. Après la victoire militaire sur les forces de Habayutsu, qui avait été tué en duel par Takeshi, Nyotengu avait lâchée ses Fantômes à la tête de contingents de Ninjas pour purger toutes les familles nobles, tous les sous-clans du Dragon qui s'étaient rangés sous la bannière des rebelles. Difficile de ne pas y voir une vengeance, que certains pouvaient qualifier de disproportionnée, à l'encontre du Clan du Dragon dans son ensemble pour le massacre de la famille de Nyotengu, plusieurs années de cela. Mais, pour la Shogun, l'objectif principal avait été de rappeler une vérité aussi ancienne que l'existence du Scorpion: quiconque l'attaque, en subira le venin.
Takeshi parcourait donc ses terres, sur lesquelles il pouvait enfin assurer son autorité, afin de remplacer les familles nobles décimées par d'autres qui étaient restées à l'écart du conflit, et entreprendre ainsi de reconstruire le Clan, débarrassé de la corruption de la Monarchie de la Rose.
Cette victoire avait sonné le glas des ambitions des séparatistes Mijakiens sur le Tao-Bong pour le moment, mais la guerre, elle, était loin d'être terminée, et sa continuité allait se discuter ici.

Nyotengu avait pour le moment installée ses quartiers à Ryujin-jo, tandis que Takeshi était parti accompagné de Sakura Hattori, l'arrière-arrière tante de Nyotengu, et Shinobigashira de ses Fantômes, ses ninjas vétérans. D'ici, la Shogun se tenait au courant des tumultes qui continuaient de se produire au delà des frontières du Tao-Bong, et il était évident que la Province Impériale allait devoir sortir de sa léthargie...l'Empereur lui même avait annoncé sa venue.
Mort durant l'Olympomachie, la disparition de Wismerhill avait plongé l'Empire dans une situation de chaos, que son retour n'avait pas suffi à endiguer, et une guerre civile faisait désormais rage, avec un front qui menaçait de s'ouvrir à l'ouest. Nyotengu était parvenue, en cherchant de l'aide auprès d'autres dirigeantes, à ramener un semblant d'ordre au sein de ses propres frontières, et maintenant, il ne faisait aucun doute que sa participation allait être demandée.
L'Empereur n'avait guère à se soucier, réellement, de l'allégeance de Nyotengu, vu que c'était des factions loyalistes qui lui avaient prêtées main-forte, là où les séparatistes avaient tenté de lui nuire. Cependant, les discussion n'en seraient certainement pas moins...potentiellement houleuses. Depuis la conquête du Tao-Bong par Mijak, il y a près de quatre siècles, aujourd'hui était la première fois qu'un Empereur daignait visiter en personne ces terres, ce qui était source de ressentiment pour une partie non négligeable de la population, à toutes les échelles de toutes les castes la composant. Le fait que Wismerhill vienne exiger que le Tao-Bong participe à l'effort de guerre pour le maintenir au pouvoir, alors qu'il était à peine perçu comme digne d'être Empereur du Tao-Bong, promettait un certain nombre de...difficultés.
Même la venue en amont de Rhian Thoris, avec qui elle avait passée une longue nuit torride, n'avait pas été suffisante pour la sortir complètement de ces pensées. La venue, désormais imminente, de l'Empereur et de bien d'autres figures des loyalistes, ne pouvait que faire accélérer son rythme cardiaque.
Dans la cour, une haire d'honneur avait été promptement organisée, environs une centaine de Samurais du Scorpion étaient alignés en ordre parfait pour saluer leur Empereur, tandis que la Shogun, flanquée de Rhian et Phasmaria, avait quand à elle sortie une de ses plus belles robes pour cette venue. Elle se demandait intérieurement si Takeshi ne tarderait pas à rentrer, si il ne s'était pas joint au passage à cette parade, dont le bruit annonçait la venue.


**cf: La Guerre des Dragons
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Re: La Crise de Rosalith [PV]

Message par Wismerhill »

Wismerhill
Wismerhill
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Le cortège impérial avançait lentement sur les routes de montagne menant à Ryūjin-jō, tel un long serpent de soie, d’acier et de bannières sombres déroulé entre les cimes. Sous les sabots des chevaux et les roues cerclées de fer, les sentiers du Tao-Bong semblaient vibrer d’une mémoire ancienne, farouche, étrangère à Mijak, comme si ces terres n’avaient jamais tout à fait accepté d’appartenir à quiconque d’autre qu’à elles-mêmes. Wismerhill, lui, n’ignorait rien de cette vérité. Derrière les fastes d’une venue impériale sans précédent, derrière l’apparat soigneusement ordonné de ses gardes, de ses hérauts et de ses alliées, il y avait une réalité plus nue, plus rugueuse : il ne venait pas ici en conquérant, mais en souverain blessé, contraint de traverser les marches de son propre empire pour en recoudre à la main les lambeaux encore fumants.

Assis sur sa monture noire, drapé dans un manteau lourd où le vent des hauteurs venait battre comme une aile funéraire, il gardait les yeux levés vers la forteresse ancestrale des Marashima. Ryūjin-jō surgissait de la pierre comme un défi jeté au ciel lui-même, et sa silhouette austère, enchâssée dans le froid des montagnes, semblait moins accueillir l’Empereur que le jauger. Cela convenait à Wismerhill. Depuis son retour d’entre les morts, il avait cessé d’attendre du monde qu’il lui ouvre ses portes avec gratitude. Il savait désormais ce qu’étaient les royaumes, les peuples, les fidélités : non des dons, mais des équilibres précaires, maintenus tantôt par la force, tantôt par la foi, et le plus souvent par la peur de ce qui surviendrait si l’ordre venait à céder.

Il aurait put venir d'une façon plus spectaculaire. Il avait un immense dragon impérial comme monture, une machine de guerre gigantesque forgée par les nains durant ses aventures en tant que baron de Moork, et pouvait même se téléporter grâce aux opales qu'il avait commencé à distribuer à ses sujets, mais il n'en fit rien. Il fallait que chaque seigneur, chaque paysan, chaque citoyen le voit traverser les milles avec sobriété mais majesté. Il fallait qu'ils voient tous que leur Empereur était de retour. Avec lui venaient certains de ses plus loyaux sujets, y compris ses épouses et suzeraines des royaumes loyalistes. Le cortège était donc un rassemblement des personnes les plus importantes de l'Empire, d'où la vigilance constante de Wis', qui avait veillé à ce que nombre d'éclaireurs et de sortilèges soient déployés pour prévenir toute embuscade ou piège durant leur traversée du shogunat.

Il y avait encore, au plus secret de sa chair ressuscitée, quelque chose de Silent Hill qui ne l’avait pas quitté. Une froideur sans nom. Une lucidité douloureuse. Comme si, au moment de revenir parmi les vivants, il avait laissé derrière lui bien davantage qu’un cadavre. Il avait laissé l’ombre de l’homme qu’il avait été : l’empereur manipulé, gonflé d’orgueil, aveuglé par les poisons plus subtils que les lames, les murmures d’Haazhel Thorn, les alliances bâties sur le sable mouvant de la nécessité. Il n’était pas revenu purifié, non. Wismerhill n’était pas un saint, et ne prétendait pas le devenir. Mais il était revenu éveillé. Et cette seule différence faisait de lui un homme infiniment plus dangereux qu’avant.

À mesure que le cortège approchait des portes, il laissait son regard dériver sur les étendards qui l’accompagnaient, sur les visages des femmes et des hommes venus avec lui à cette entrevue décisive. Chacun représentait une puissance, une mémoire, une blessure de l’Empire. Chacun venait avec ses intérêts, ses fidélités, ses calculs. C’était là toute la vérité du pouvoir : même parmi les loyalistes, nul ne marchait jamais uniquement pour la couronne. Pourtant, il ne leur en voulait pas. Il n’avait plus le luxe de l’innocence. S’il voulait reprendre Mijak, il ne le ferait ni par l’illusion d’un âge d’or, ni par la nostalgie du trône intact ; il le ferait comme on reconquiert une cité en flammes, pierre après pierre, serment après serment, menace après menace.

Rosalith revenait sans cesse dans ses pensées, comme une écharde impossible à extraire. Cette petite province, qui aurait dû n’être qu’un banal imbroglio dynastique, s’était muée en point de rupture, en abcès prêt à crever sur le flanc occidental de la mer intérieure. Barnabas n’était pas seulement un prédateur profitant du désordre ; il était désormais l’un des pivots autour desquels pouvait s’ordonner la guerre civile tout entière. Si Rosalith tombait durablement dans son giron, si l’ouest s’ouvrait à son appétit, alors l’Empire n’aurait plus deux crises, mais une seule grande plaie courant d’un bout à l’autre de ses terres. Voilà pourquoi Wismerhill était venu lui-même. Non pour mendier ou pour parader. Mais parce que certaines tempêtes exigent que le souverain se montre en personne, afin que chacun comprenne que le centre tient encore.

Lorsque les premiers éclats de la haie d’honneur apparurent enfin dans la cour, il redressa imperceptiblement la tête. Une centaine de samouraïs du Scorpion se tenaient là, alignés avec cette rigueur implacable propre au Tao-Bong, et leur discipline muette valait autant avertissement qu’hommage. Le spectacle arracha à Wismerhill une pensée amère, presque ironique : il avait fallu mourir pour qu’un empereur de Mijak se décide enfin à fouler cette terre de ses propres pas. Quatre siècles de domination, et jamais la couronne n’avait pris la peine de regarder véritablement ce qu’elle exigeait d’un peuple qu’elle appelait sien. Il comprenait, à présent, ce que cela pouvait avoir semé comme ressentiment, comme patience haineuse, comme fierté blessée sous les générations d’obéissance. Il ne venait pas à un peuple oublié demander un sacrifice de plus sans rien offrir en retour. Il venait à lui parce qu’il n’était plus possible de gouverner l’Empire comme une abstraction tracée sur des cartes.

Le convoi s’immobilisa enfin dans un crissement mesuré de harnais et de métal. Wismerhill descendit de selle sans hâte, comme un homme qui n’avait plus rien à prouver à la vitesse de ses gestes. Sa haute silhouette se détacha au milieu des bannières, de l’acier poli et des étoffes battues par le vent. Les années, la guerre, la mort elle-même avaient donné à ses traits quelque chose de plus sévère, de plus creusé, mais aussi de plus souverain. Il n’y avait plus chez lui cette superbe presque juvénile qui avait autrefois accompagné sa montée vers le pouvoir ; à sa place se tenait une grandeur plus sombre, moins éclatante peut-être, mais infiniment plus solide, comme une couronne reforgée dans le deuil.

Son regard se posa alors sur la Shogun du Tao-Bong. Nyotengu se tenait là, entourée de Rhian et de Phasmaria, parée pour cette rencontre comme on se pare à la fois pour une cérémonie et pour un duel. Une beauté fatale, comme on admire un katana élégant à travers une vitre. Wismerhill la contempla un bref instant en silence, non par morgue, mais parce qu’il accordait à cet instant tout le poids qu’il méritait. Devant lui ne se trouvait pas une gouverneure provinciale venue baiser la main de son suzerain ; se tenait une souveraine qui avait survécu à ses propres tempêtes, maté ses propres rebelles, purgé ses propres nobles, et qui, dans le fracas général de l’Empire, avait réussi ce que tant d’autres n’avaient su faire : tenir. En cela, ils se ressemblaient peut-être plus qu’aucun d’eux ne l’aurait admis à voix haute.

Wismerhill s’avança alors de quelques pas, jusqu’à ce que la distance entre eux ne soit plus celle d’un cortège entrant dans une cour, mais celle de deux puissances appelées à se mesurer avant de s’entendre. Il inclina très légèrement la tête — non point assez pour s’abaisser, mais assez pour reconnaître ce qu’exigeaient l’étiquette, l’intelligence et le respect dû à la maîtresse de ces montagnes.

Lorsqu’il parla enfin, sa voix n’eut nul besoin d’être forte pour imposer le silence ; elle avait ce calme grave des hommes qui ont traversé les ténèbres et n’ont plus peur des murmures.

« Shogun Nyotengu… Je vous remercie d’avoir ouvert les portes de Ryūjin-jō à ma venue. Il aura fallu bien trop de siècles pour qu’un Empereur de Mijak se présente enfin devant le Tao-Bong en personne. Je ne commettrai pas l’insulte de feindre que ce retard n’a pas de poids. »

Il laissa ces mots exister entre eux, nets, sans les adoucir.

« L’Empire traverse l’heure la plus dangereuse de son histoire récente. Des traîtres se drapent dans la légitimité, des ambitieux profitent du sang versé pour tailler leurs royaumes dans ses frontières, et chaque province observe l’autre en se demandant si l’édifice tiendra jusqu’au lendemain. Je ne suis pas venu jusqu’ici pour exiger une obéissance vide. Je suis venu parce que le temps des distances commodes et des silences impériaux est révolu. »

Son regard glissa un instant vers les hauteurs, les remparts, les hommes en armes, avant de revenir à elle.

« Le Tao-Bong a tenu. Vous avez tenu. Cela, je le vois… et je ne l’oublierai pas. À présent, si l’Empire doit survivre à ceux qui veulent le dévorer, alors il nous faudra parler non comme des maîtres et des sujets, mais comme les gardiens d’un même monde au bord de la fracture. »

Puis il s’arrêta, laissant à la cour, à la montagne, aux témoins de cette scène le temps d’en recueillir le poids. Car Wismerhill savait que, dans les temps anciens comme dans les empires mourants, les premières paroles comptaient souvent autant que les premières batailles. Et en cet instant précis, au cœur de Ryūjin-jō, l’Empereur revenu de la mort venait moins de faire son entrée que de poser, enfin, le premier jalon de sa reconquête.
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