Ryu & Samus
Je reste assis là, la bouteille à moitié vide entre les doigts, et je sens son regard me fixer quand elle pose les mains sur ses hanches et me balance sa réplique sèche. « Vous essayez de me draguer ? Tâchez déjà de survivre, on verra pour la suite. » Ça claque comme un uppercut bien placé, direct, sans chichi. Elle a raison, j’ai été trop évident avec ma main qui s’approchait de sa hanche, et elle m’a remis à ma place sans même élever la voix. Ça me pique un peu l’ego, mais ça me plaît encore plus – elle est pas du genre à se laisser impressionner par des sourires ou des compliments. Elle veut du concret, de la survie, pas des mots. Et ce « on verra pour la suite », c’est pas un non définitif, c’est un défi. Elle me teste, elle voit si je vais insister ou si je sais encaisser et rester focus. Bordel, ça rend la tension entre nous encore plus palpable, comme avant un round décisif. Je hausse les épaules, un sourire en coin qui dit que j’ai capté le message sans le prendre mal. « Ouais, j’ai essayé de te draguer. Pas très malin, je l’avoue. Mais t’as raison : on survit d’abord. Le reste… on verra si on est encore debout après. » Puis elle enchaîne sur son explication, et là, tout change. Zebes, Ridley, Métroïdes, Chozos ravagés… Chaque mot tombe comme une brique lourde. Je l’écoute sans l’interrompre, les yeux rivés sur elle, et je sens mon estomac se nouer doucement. Des parasites en forme de méduses qui s’accrochent à un hôte et le vident de l’intérieur, un extraterrestre qui commande une milice pirate et qui revient d’entre les morts comme si c’était rien, une planète entière transformée en champ de ruines… Et elle, elle a déjà affronté ça. Seule. Plusieurs fois, apparemment. Moi qui croyais que le pire danger c’était un adversaire qui triche avec une arme cachée ou un ring truqué, là c’est un niveau cosmique, un truc qui peut contaminer et détruire sans qu’on voie venir. Si Morloon est vraiment lié à ce Ridley, à ces saloperies… alors cette station n’est pas juste un casino pour riches escrocs. C’est une porte ouverte sur un cauchemar. Et elle est venue ici pour la fermer, malgré le risque. Ça force le respect, profond. Pas parce que c’est héroïque, mais parce que c’est réel, brutal, et qu’elle le porte sans se plaindre. Je pose ma bouteille, me penche légèrement en avant, les avant-bras sur les cuisses.
« Ton histoire… elle me retourne. Ridley qui ressuscite, des parasites qui bouffent des civilisations entières… J’ai jamais entendu parler de ça. Jamais. Chez moi, les menaces c’est des mecs avec des poings ou des lames, pas des trucs qui parasitent et ravagent des mondes. T’as déjà vaincu ce monstre, t’as déjà nettoyé ce merdier, et t’es toujours là à creuser parce que tu sens que c’est pas fini. C’est pas juste impressionnant, c’est… énorme. Si Morloon bosse avec lui ou cache un truc lié à ces Métroïdes, alors ouais, on est pas là pour des dettes bancaires. On est là pour empêcher que ça se répande. »
Et maintenant elle me retourne la question, avec ce petit compliment glissé – « un bel homme musclé » – qui sonne presque comme une provocation après m’avoir recadré. Je sens un sourire revenir malgré moi. Elle est directe, elle veut savoir qui je suis vraiment avant de me faire confiance. Pas de fichiers sur moi, normal : je suis un fantôme dans son système. Mais elle mérite une réponse claire, sans fioritures. Je me redresse un peu, roule des épaules pour chasser la raideur du combat précédent, et je la regarde droit dans les yeux. « Moi ? Je viens du Japon, sur Terre. Un village reculé dans les montagnes où un maître m’a formé aux arts martiaux dès gamin. Après, j’ai voyagé : tournois, combats de rue, arènes clandestines… toujours pour trouver le prochain défi qui me ferait me sentir vraiment vivant. J’ai entendu parler de Morloon comme d’un type qui organisait les combats les plus durs de la galaxie. C’est pour ça que je suis là. Pas pour l’argent, pas pour la gloire. Juste pour cogner fort contre quelqu’un qui en vaut la peine. » Je marque une pause, puis je tends mon poing fermé vers elle, à hauteur de poitrine – un geste simple, franc, de guerrier à guerrière.
« On est dans le même bateau maintenant. On traverse ce Funnyhouse ensemble, on explose ce qui se met en travers, on chope Morloon. Et si ton Ridley ou ses parasites traînent là-dedans… je cogne avec toi jusqu’au bout. Deal ? »
Je reste comme ça, poing tendu, attendant sa réponse, avec le bruit des pubs en fond qui nous rappelle que la pause touche à sa fin. Allez, Samus. Scelle ça. Parce que quoi qu’il arrive après, je sais déjà que je vais pas te lâcher dans ce merdier. Je me relève du canapé en étirant mes épaules encore lourdes du combat, attrape la main tendue de Samus pour l’aider à se remettre debout – sa poigne est ferme, chaude, presque électrique, et pendant une fraction de seconde nos regards se croisent sans un mot, comme si on scellait déjà quelque chose de plus que des paroles. Le salon de détente se vide d’un coup, les hologrammes publicitaires clignotent en rouge urgent, les serveurs robotisés ramassent les verres vides avec une hâte mécanique, et je sens l’air changer, chargé d’une odeur acide et organique qui pique la gorge et me met les nerfs en alerte. On sort côte à côte dans le couloir rouge sang qui pulse comme une veine ouverte, nos pas synchrones claquant sur le métal, le grincement discret de sa Zero Suit résonnant à chaque foulée ; je baisse la voix sans ralentir :
« Cette odeur… c’est pas normal. Ça pue le labo pourri, le truc vivant qu’on garde enfermé. Si tes Métroïdes ou un truc du genre traînent vraiment ici, on va le savoir tout de suite. »
À peine ai-je fini ma phrase qu’un mur de verre blindé descend en claquant entre nous avec un bruit sourd, nous séparant net en deux couloirs parallèles ; l’écran géant au plafond s’allume : « TEST DE SYNERGIE – SURVIVRE SÉPARÉS, RETROUVER L’AUTRE OU PERDRE TOUT ». De mon côté, la brume s’épaissit, des formes sombres se matérialisent dans l’ombre – des hybrides tentaculaires, cœurs pulsants sous une carapace translucide, des prototypes de tes cauchemars cosmiques – et je serre les poings, un sourire sauvage aux lèvres malgré la sueur froide qui perle dans mon dos ; je fracasse la première d’un Shoryuken enflammé qui explose en gerbe visqueuse contre la vitre, entendant déjà de l’autre côté tes roulades, tes impacts, tes salves ; les couloirs convergent brutalement vers une arène centrale circulaire qui s’ouvre comme une fleur carnivore, et on atterrit dos à dos au milieu, encerclés par une dizaine de ces horreurs mutantes, tandis que sur la plateforme vitrée au-dessus, la silhouette de Morloon nous observe, verre à la main, sourire cruel ; je crache un filet de sang, mes poings crépitant d’énergie, et je murmure sans tourner la tête : « Ils ont amené tes monstres ici. Prête à les renvoyer en enfer avec moi ? » La foule invisible hurle dans les gradins, les lumières passent au rouge sang, et le vrai combat – celui qui décide si la station tombe ou si l’infection se répand – explose enfin.