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Re: Fermière au Cirque Kowai [avec Marisa Teritt]

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La sœur cadette de Crâne-Orgueil ne réagit pas à l’embrasement de l’invité de son frère ainé. En fait, il semblait que l’apocalypse aurait pu toquer à la porte ou que même on lui coupe un bras qu’elle ne réagirait pas. Cette froideur était insoutenable.

Ce qui n’était pas du tout le cas de son frère jumeau qui lui se permit de réagir. Il se rapprocha donc rapidement de Marisa. Et ce, malgré le fait qu’elle était bras dessus bras dessous avec Crâne-Orgueil. Celui-là ne semblait pas avoir beaucoup de limites. Peut-être même que c’est ce qu’il recherchait. L’affront avec l’autorité dans le but de souffrir et qu’on active son penchant masochiste…

ImageHématite : « Cet embrasement ! Cette vitalité ! Tu m’étonnes que tu te la sois accaparé, frangin. »

Cherchant à tester ces limites, la main d’Hématite s’approcha de la peau vulnérable de Madame Noël. Et, au dernier moment, avant que Marisa devienne un être élémentaire colérique et incontrôlable : Crâne-Orgueil saisit le poignet de son petit frère à lui faire pousser un glapissement de douleur. Donc suivi d’une plainte de plaisir.

ImageCrâne-Orgueil : « La petite s’est exprimée. Malgré son éprouvant voyage, je peux t’assurer qu’il y a une dangerosité en elle que tu devrais apprendre à cerner. Elle pourrait bien t’infliger une douleur au-delà de ce que tu veux éprouver. »

ImageHématite : « Hmm… C’est entendu. Je la laisse elle, et elle aussi, en paix. Pour le moment, du moins. Je vous dis donc à très vite, cher frère et sœur. »

Et ainsi, le masochiste s’en alla en levant, alors qu’il s’éloignait, une main en l’air pour salutations.

La sœur muette et froide s’en alla elle aussi. Sans un mot. Sans un geste.

Et Marisa se retrouva seule, bras dessus bras dessous avec Crâne-Orgueil en direction de ses nouveaux quartiers. Ils traversèrent d’abord un long couloir dont le sol était recouvert d’une moquette luxueuse. De chaque côté du couloir, il y avait un grand nombre de portes fermées. Au-dessus de leur tête, tout était éclairé. Mais il y avait une intensité dans la couleur qui tendait davantage vers le froid. Le désuet, même. Il y avait une chaleur et une luminosité évidente. Mais comme vieilli. A l’image…d’éternels qui n’aurait plus cette vivacité à expérimenter en sachant qu’ils avaient une deadline.

A côté d’une double porte métallique, Crâne-Orgueil ouvrit une porte qui donna sur une volée d’escaliers. Il y faisait plus sombre. Un peu plus humide aussi. Moins chaud. Mais rien encore de désagréable.

Et soudain, il y eut un homme assis dans les escaliers. Il paraissait désabusé. Faible, peut-être. A cause de sa posture refermée sur lui-même ? Du fait qu’il portait une légère paire de lunettes à la monture arrondie ? On avait souvent tendance à affaiblir ceux qui donnaient une impression d’être des intellectuels. Toutefois, il avait la stature d’un Crâne-Orgueil. Les mêmes cheveux argentés. Aussi, la même largeur d’épaule qui semblait témoigner d’une certaine force musculaire de naissance.

Il bailla. S’étira. Puis décida après un petit temps de se relever pour faire face à son frère aîné.

ImageCrâne-Orgueil : « Samkiel. »

Samkiel : « Te voilà revenu. »

ImageCrâne-Orgueil : « Oui. »

Samkiel : « C’est intéressant. »

Il y avait quelque chose chez cet homme. Il n’était pas très loquace comme Paresse. Mais il n’était pas excentrique comme Hématite. Il y avait quelque chose de…réservé. Comme un prédateur qui se tient silencieux et à prudente distance pour évaluer. Une force…contenue ?

Samkiel : « Tu nous fais les présentations ? »

ImageCrâne-Orgueil : « Marisa, Samkiel. Samkiel, Marisa. Mon frère cadet passe énormément de temps à lire et s’instuire. Au vu de notre longue longévité, je peux te laisser imaginer le nombre d’ouvrages qu’il a pu lire et relire. »

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Demande de RP
Surprise ou non par la réaction du frère de son protecteur, Marisa se garda bien de reculer la tête. Elle soutint son regard, le défiant par ce biais. Et faillit bien exploser lorsque l'audacieux personnage manqua étendre l'offense sur le corps de la mercenaire lobotomisée. Heureusement pour tout le monde : Crâne l'en empêcha de justesse. Cela suffit à pousser le frangin et la frangine à battre en retraite. L'une le fit en silence tandis que l'autre agitait la main en guise d'au revoir.
Méfiance : on n'en a pas terminé avec ceux-là. Et surtout pas avec lui.
Marisa le savait. Et elle n'aimait pas du tout cette idée.

Son hôte leur fit traverser un couloir au sol très agréable à fouler. Dans d'autres circonstances, la paysanne aurait sans doute retiré ses bottes pour en savourer pleinement le contact. Cette coûteuse moquette eut au moins le mérite d'adoucir son humeur. S'il n'en fallait pas beaucoup pour qu'elle s'emporte, l'inverse - sous cette forme intermédiaire - était tout aussi vrai. Elle ne fit point grand cas de la luminosité ambiante, plutôt terne en comparaison de ses propres flammes. Ils ne poussèrent pas cette double porte. Au lieu de cette issue si austère qu'elle sautait aux yeux, ils s'engouffrèrent à travers une autre, plus sobre et moins large, qui donnait sur une volée d'escaliers. Ils durent toutefois s'arrêter devant les marches, car quelqu'un y avait déposé ses fesses. Un homme plutôt large d'épaules, aussi calme que sage d'apparence...
Un autre frère.
Marisa le suspectait aussi. D'où son petit air farouche et cette raideur dans ses propres épaules.
L'homme s'appelait Samkiel. Il n'eut point à se présenter car Crâne avait tout d'abord prononcé son nom pour ouvrir la discussion.
La fermière n'aurait su dire pourquoi exactement mais cet individu lui paraissait plus dangereux que l'autre maso.
Avait-elle affaire à un homme calculateur ? A une sorte de stratège démoniaque ?
Il se voulait courtois malgré tout. Si bien qu'il demanda à son supposé frère de leur faire les présentations comme il aurait dû en être selon les règles de bienséance.
Il est du genre très sérieux... et plutôt beau garçon.
Mais c'est que tu commencerais presque à te détendre, petite fleur ! la charria Yggdrasia.
La demi-pyrône sentit le rouge lui monter aux joues. Ce qui, dans son état, se traduisait surtout par des pommettes d'un jaune chaleureux. Elle détourna brièvement le regard, déglutit discrètement avant de revenir poser ses yeux brûlants sur ce visage impeccable encadré de cheveux blanc mi-longs.

- Je... Enchantée, monsieur !

Elle s'inclina respectueusement - mais brièvement.
Oh, là, là ! Qu'est-ce qu'il était intimidant, celui-là...
Marisa se sentait presque fondre avant l'heure.
Arrête de faire ta pucelle, Pyra ! Ce n'est vraiment pas le moment de te laisser aller.
Frappée par cet avis qui aurait bien valu celui de sa propre mère, la fermière secoua violemment la tête.

- Alors votre érudition fait de vous le... comment dire... le génie de la fratrie ?

Yggdrasia avait vu juste : il était le frère cadet de Crâne. Le masochiste devait donc occuper la position de benjamin ?
Même si Samkiel était un peu effrayant, Marisa le préférait à l'autre touche-à-tout.
Elle se sentit obligée de réitérer sa courbette.

- C'est un honneur de vous rencontrer... enfin, je crois ?

Et lui, alors ? Que pensait-il d'elle ?
En son for intérieur squatté, l'Esprit de la Sylve ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
La jeune Teritt allait mettre un peu de temps à l'oublier, ce bonhomme là !
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Samkiel : « C’est un honneur partagé. »

Il y avait un détachement dans sa voix. Mais ce n’était pas de la froideur. Un ton calculé pour être juste ce qu’il fallait être de mystérieux pour ne pas s’en désintéresser mais resté comme hypnotisé, comme sur sa faim d’une énigme qu’il fallait décrypter.

Samkiel : « Je ne me qualifierais pas de génie. Notre Orgueil ici présent a lui aussi un cerveau formidable. Il ne faut pas le sous-estimer. Ô grand jamais ! Ah ah ! »

Il y avait soudainement une théâtralité dans la musicalité de ses phrases. S’il y avait une honnêteté, il y avait aussi d’autres choses au-dessous. De la jalousie ? Du respect ? Une rivalité fraternelle ? Samkiel ne disait pas tout. Mais il disait tout bien de la bonne façon. L’image d’un serpent frappait généralement les esprits nouveaux…

Orgueil : « Est-ce que je peux te demander ce que tu fais là ? »

Samkiel : « Je lisais, bien évidemment. »

Orgueil : « Samkiel ?... »

Samkiel : « Tu sais très bien à quel point la présence de Paresse peut être gênant. Passivement, elle aspire l’énergie. Elle donne envie de rien. Quant à son frère jumeau… c’est un, disons, « inconfort » lorsqu’on désire lire en paix. Ne peux-tu pas me donner raison, grand frère ? »

Orgueil : « Certes. Exprimé de cette façon, je ne peux te contredire. »

Quand s’était-il relevé ? Il était si grand ce « littéraire ». Et cette main si agile qui avait attrapé délicatement celle de la Fleur des Champs. Du charisme ? Ou…encore cette image du serpent qui, de par ses mouvements, avait cet effet hypnotique qui lui collait aux écailles.

Samkiel : « Je serais plus que ravi de devenir son guide. Au vu de votre présence tous deux à cet étage, je suppose que tu comptais l’emmener dans la $ »ù*ééé& ? »

Orgueil : « C’est exact. »

Qu’est-ce qu’Orgueil pouvait paraitre froid à côté de Samkiel. Lui qui avait toujours revêtu, pourtant, cette apparence enflammée. Alors la petite Marisa comprit qu’elle devait faire un choix. Quel bras serait celui qui l’accompagnerait dans ses profondeurs ? Quel regard la couverait vers un endroit qui promettait fraîcheur, voire humidité, dans ce monde de fin et de flammes ? Il fallait qu’elle fasse un choix. Ce n’était pas un commandement exprimé oralement, mais c’était un fait qu’elle voyait de ses propres yeux (fatigués).

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Demande de RP
Il n'était pas qu'un « chevalier servant. » Il y avait autre chose de plus sombre chez ce personnage indéniablement charismatique. Yggdrasia le ressentait et, par son biais, Marisa l'éprouvait aussi. Leur connexion n'avait pas que cet effet tranquillisant. Jusqu'à un certain niveau, les impressions de l'une pouvaient tout à fait impacter l'autre. Ici, l'Esprit de la Sylve partait tout de même avec un avantage. Certes, la dryade n'était pas à domicile. Mais cet avantage n'avait rien à voir avec l'enveloppe charnelle qu'elle partageait. Cet avantage se traduisait uniquement par sa nature d'entité supérieure, d'être ancien...
Garde-toi de lui faire les beaux yeux trop longtemps, la prévint la dryade. Il joue à être sage.
Marisa n'en était pas si sûre...
Etait-ce ses hormones qui la trompaient ? Ou bien le doute la minait-elle parce que ce grand homme n'avait encore rien fait de mal ?
Quoiqu'il en fût, Yggdrasia, sa gardienne, refusait d'attendre qu'il soit trop tard pour agir.
Son rôle était aussi celui d'une conseillère, après tout.
La fermière ne se hérissa point quand le littéraire lui souleva une main dont la chaleur ne semblait pas du tout l'effrayer.

- M'emmener où ?

Elle les regarda tour à tour. Crâne, son frère, puis encore Crâne. Le premier et le dernier avec qui, rappelons-le, la demi-pyrône avait passé un accord vis-à-vis de Madame Noël. Marisa, les mains prises, jeta également un regard à l'intéressée. Elle supportait difficilement de la voir dans cet état... fantomatique. Ses yeux incandescents passèrent de nouveau sur le visage de Samkiel. Et enfin sur celui de Crâne.
Sa main glissa de celle du littéraire.

- On ne change rien, décida Marisa avec un petit sourire navré pour Samkiel. Ne vous vexez pas mais... je préfère terminer ce voyage avec votre frère.

Yggdrasia trouvait que c'était une sage décision.

- C'est lui qui m'a repêchée dans ce drôle de monde en noir et blanc. Lui qui m'a guidée jusqu'ici. Et j'aimerais donc que ce soit lui aussi qui m'emmène en ce lieu...

Dont elle ne savait pas grand chose.
Une chambre d'hôtel, peut-être ? Mais laquelle en particulier ? Une pièce climatisée ?
Marisa nageait en plein brouillard...
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Le dénommé Samkiel laissa planer un petit temps de silence après la réponse de la petite fermière si loin de chez elle. Il avait un sourire sympathique. Cette aura qui donnait envie de lui parler, de se confier. Il faisait partie de ses gens « sociables » qui semblait avoir pour mission de vie de parler et de faire du lien avec les autres. Le parfait profil à opposer avec un introverti se délectant de plonger dans des mondes imaginaires. Excepté que le même homme avait été trouvé en train de lire. Un personnage complexe ou une façade ?

Samkiel : « C’est une noble décision que de rester loyal à mon frère. »

Ouf, c’en était terminé de ce choix. A moins que…

Samkiel : « Mais j’ai entendu tes pauses. Je lis tant que mon esprit a visualisé des points de suspension. Et il y a une infinité d’informations à lire lorsque trois innocents petits points décider de se rassembler. Parfois, cela m’évoque des moutons qui se rassemblent… »

Lui aussi venait d’utiliser les points de suspension. Magie ? Non, plutôt mentalisme. Car il aurait été très étonnant que Marisa (et Yggdrasia) ne visualise pas alors l’image d’un loup venant inquiéter le groupe d’herbivore. Mais…ce loup, c’était Samkiel lui-même ?

Samkiel : « Une fois que ce contrat de loyauté sera arrivé à son terme, n’aie crainte, nous nous reverrons. Et alors à ce moment, l’honnêteté des sentiments et la vérité des corps pourra remplacer le discours du silence des points de suspension. »

Physiquement, il ne la toucha plus de tout son petit discours. Samkiel n’abusa même pas de sa proximité qui, lorsqu’on était trop proche d’une autre personne, donnant une impression d’entrer dans l’intimité. De créer de l’inconfort.

Et pourtant il avait noué ses fils dans la peau de Marisa. Il avait laissé son empreinte, (accompagné d’une odeur propre aux livres) dans le cerveau de la jeune rousse.

Crâne-Orgueil : « Samkiel… »

Samkiel : « Oui, mon frère. »

Puis pour Marisa encore une fois.

Samkiel : « Tu les as entendus ? Les points de suspension et le discours silencieux ? Oui, mon frère, je vous laisse passer. Je n’interviens plus. Nous nous reverrons prochainement de toute façon, n’est-ce pas ? »

Crâne-Orgueil : « … »

Samkiel : « A la grande réunion familiale. »

La descente reprit. Crâne-Orgueil silencieux, Marisa et son esprits invisible ainsi que Madame Noël dans son état végétatif. Le reste du parcours ne fut plus interrompu. Plus aucun frère et sœur de leur guide. Aucune autre parenté. Seul le bruit des pas se répercutant dans un couloir qui se trouvait entre deux mondes. Il y avait toujours les détails d’un bâtiment type hôtel. Le couloir. Les nombreuses portes permettant d’accéder à des chambres. Un long tapis également. Mais ce dernier reposait sur un sol de pierre. Crâne-Orgueil prévint qu’il fallait faire attention. Il y avait parfois des trous au-dessous du tapis qui pouvait se faire tordre une cheville.

Crâne-Orgueil : « Mais tes pieds seront au sec. »

Pour la chambre, ce fut encore une fois cette étrange mélange. Entre hôtel et confort, associé à cette notion de grotte et naturel. Il y avait un grand lit dans lequel pouvait dormir deux personnes. (pourquoi l’image de Samkiel lui revient à ce moment en tête ?). Mais les murs étaient de pierre.

Crâne-Orgueil : « Ici, il fait frais et l’air est humide. Si besoin, tu as là une cheminée pour chasser un excès d’humidité et de fraîcheur. Mais ta constitution d’être humain devrait y trouver un havre de paix. Une source de réconfort. Tu vas pouvoir te reposer. »

Il la laissa prendre ses aises et attendit quelques instants sur le seuil de la porte.

Crâne-Orgueil : « Est-ce que cela ira ? »

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Pour être complexe, oh ça il l'était, oui ! Marisa n'avait pas affaire à un standard parmi les beaux garçons. Samkiel savait lire entre les lignes. Il voyait/entendait des choses que les autres ne percevaient pas. Ce qui éveilla encore plus la méfiance de l'Esprit de la Sylve...
Aussi charmant que dangereux, souffla la dryade. J'y mettrais ma main à couper si j'en avais encore une.
Marisa ne lui répondit rien. Cet homme... ou plutôt ce démon (?) paraissait l'hypnotiser. Elle sentit un frisson la traverser à la mention de ce troupeau de moutons. Elle se figura dans la peau d'une de ces bêtes sans défense et l'imagina, lui, complètement nu, s'approcher à pas de loup de sa laine...
Nouveau frisson !
Elle déglutit. Lui continua à jouer son intelligent numéro de séduction. La demi-pyrône resta bloquée un bon moment sur ses dernières paroles qui trahissaient ses intentions futures la concernant.
Le loup blanc avait des vues sur la brebis rousse.
A lui aussi Marisa ne trouva guère l'occasion de répondre.
Une grande réunion familiale ? releva Yggdrasia. Mais nous ne faisons pas partie de cette famille.
Elles y seraient donc vraisemblablement invitées.
La rouquine en conçut un mince sourire. Le genre qu'elle ne percuta pas tout de suite. Une expression limite rêveuse qui s'étira tout le reste du chemin, à travers ces couloirs éclairés et proprement aménagés. Marisa ne s'intéressa point aux portes qu'ils dépassaient. Ses pensées refusaient de se détacher de ce personnage qu'elle avait gentiment éconduit.
Il ne lâcherait pas le morceau ; il avait déjà entamé sa (con)quête.
Elle entendit à peine Crâne la prévenir que le sol, sous le tapis, n'était pas irrégulier.
Yggdrasia dut d'ailleurs le lui répéter en esprit.

- Ah ?... D'accord. Je vais faire attention, alors.

Puis sa chambre lui fut présentée. Une sorte de pièce hybride, entre l'auberge champêtre par le biais de certains éléments architecturaux et le luxe par son mobilier prisé. Comme cette mignonne petite commode et cette cheminée tout à fait charmante, par exemple ! Ou même ce lit suffisamment grand pour qu'elle puisse le partager avec... quelqu'un.
Par mes racines, Pyra, cesse de le visualiser, lui !
Mais c'était plus fort qu'elle.
Marisa fixa son guide qui était sur le point de prendre congé.

- Merci, dit-elle. Vous êtes gentil. Et serviable. Je vais faire ce que vous m'avez conseillé.

Elle s'assit sur le lit, puis entreprit de se défaire de ses bottes quand elle le vit en train d'attendre sur le seuil, non loin de la fantomatique Madame Noël. L'état de cette dernière lui faisait toujours autant de peine, ajoutant à son besoin de se reposer.

- Ne vous en faites pas, reprit-elle. A partir de là, je saurai me débrouiller seule.

Seule ? Pas tout à fait. Yggdrasia lui tenait compagnie et veillerait sur son sommeil réparateur. Elle se régénérerait aussi, entretemps. Et lorsque Crâne-Orgueil viendrait les retrouver, il les découvrirait toutes les deux dans cette chambre. L'une étendue sur le lit, la peau blanche et légèrement rosée, sa longue crinière rousse éteinte sous son dos ; l'autre, qu'il n'avait jamais vue sous cette apparence humanoïde, feuillue et plus verte que nature. Une Marisa en plus mature et écolo'. Une sentinelle, prête à les défendre contre n'importe quelle menace.

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Celui qui était Crâne et aussi Orgueil toqua à la porte de la nouvelle chambre de Marisa. Il attendit au moins un instant par politesse s’il n’aurait pas de réponse avant de pénétrer au-dedans. Seul un sourcil connut un mouvement sur ce visage imperturbable à la vision de la nouvelle verte venue.

Crâne-Orgueil : « Je me dois de vous féliciter pour votre politesse et votre mise en danger. C’est un comportement que je saurai juger à son exact valeur. Car je ne doute pas, eut égard à votre apparence, et en comparaison à celle que vous avez découverte de moi à l’extérieur : que vous prenez un risque. »

Il émanait d’Yggdrasia une aura et un charme qui attirait nécessairement les yeux avant de tomber sur la « fade » fermière. Marisa ne pouvant blâmer que sa « mauvaise » chance à être née dans le vaisseau de chairs d’un être humain. Car, au-delà de la première observation, Marisa n’avait rien d’un être ordinaire. Elle n’était pas un mouton parmi d’autres. Après tout, et l’expression avait déjà été utilisé auparavant : quelle était la rareté d’un mouton roux ?

Crâne-Orgueil eut un regard pour Madame Noël. Ce qui lui permit de savoir immédiatement que rien n’avait changé pour elle.

Restant sur le pas de la porte, pour ne pas encourager la spontanéité d’une attaque « florale », l’homme dans son manteau blanc reprit la parole :

Crâne-Orgueil : « Je vais en conclure que vous jouez toutes les deux la carte de l’honnêteté en vous présentant toutes les deux à moi. Donc, dois-je en conclure que… »

Il laissa un temps de vide pour qu’Yggdrasia donne son prénom si elle le désirait.

Crâne-Orgueil : « …vous êtes maintenant une âme par corps ? Dois-je prendre certaines dispositions pour faire en sorte que vous ne soyez jamais séparées d’une certaine distance entre vous deux ? Qu’en est-il de vos besoins vitaux ? L’une connaît-elle un régime omnivore tandis que l’autre nécessite la photosynthèse ? N’y voyez pas un interrogatoire, mesdemoiselles, mais l’expression de bonnes intentions en vue de l’événement familial qui ne saurait tarder. »

Torse bombé, bras croisés dans le dos, Crâne-Orgueil eut un nouvel échange de regard avec Yggdrasia incarnée. Il y eut un conflit en lui. La curiosité était une émotion particulière. Elle faisait vibrer. Elle enthousiasmait. Titillait. Surtout pour une race dont l’espérance de vie allait au-delà des standards. Alors il lutta en lui-même pour faire un pas dans la chambre. Puis il décida que cela n’en valait pas la peine. La conversation seule était suffisante. Du moins, pour le moment.

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Quelqu'un frappa à la porte. Marisa eut comme premier réflexe d'ouvrir la bouche et comme second, celui de s'arrêter pour consulter Yggdrasia du regard. La Dryade croisa aussitôt le sien. Jaune iridescent contre bleu azuré. Il n'y eut qu'un tout petit moment de silence avant que la verte hoche la tête.

- Vous pouvez entrer !

Et il entra. Crâne, planté sur le pas de la porte dans son déguisement d'humain au cheveux gris, analysa son entourage. A commencer par Yggdrasia - nouvel élément dans le décor - en finissant par la tristement passive Madame Noël. Marisa, qui n'avait été que survolée du regard, ne prit guère la mouche. Elle appréciait les compliments à leur juste valeur. Et ceux de son hôte, à ses yeux, étaient loin d'en être dépourvus. Elle hocha la tête à son tour. Crâne put poursuivre en laissant à la Nymphe des Bois la possibilité de lui glisser son nom. Ce à quoi elle ne se plia pas, se contentant de fixer d'un air neutre l'être de ce curieux domaine appartenant aux enfers. Depuis l'extérieur, il lui était plus facile de le jauger.
Elle le sentait courtois mais, par instinct, d'une indubitable dangerosité pour sa propre essence végétale.
Ne sachant pas trop comment les traiter ensemble, il se mit à les inonder de questions.

- Euh...

Marisa était un peu mal à l'aise. Pour ne pas dire confuse. Sa gardienne et son hôte ne se quittaient plus des yeux. S'ils partageaient un point commun, ce n'était autre que leur émotivité limitée. Deux visages si différents dans leur composition, mais qui retranscrivaient le strict minimum en matière d'expressivité.

- Qu'est-ce que vous attendez pour avancer une bonne fois pour toute ? La porte ne va pas se fermer toute seule.

La Fleur des Champs eut une petite grimace de gêne. Elle n'aurait jamais eu le culot de formuler les choses ainsi. Yggdrasia n'avait décidément pas sa langue dans sa poche...

- N'êtes-vous pas une sorte de roi dans ce royaume de désolation ? Alors que vous soyez notre hôte ou non, vous devriez faire en sorte de rester souverain pendant que vous le pouvez encore.

- Yggdrasia...

La dryade leva une main pour l'interrompre. Cette fois-ci, elle n'avait même pas pris la peine de la regarder.

- Ne te fatigue pas à me sermonner, Pyra. Je sais tout autant ce que je dis que ce que je fais.

La fermière ferma la bouche, puis déglutit. Lorsque l'esprit de la sylve s'exprimait avec pareille autorité, la demi-pyrône se sentait toujours trop minuscule pour lui opposer la moindre résistance.
Yggdrasia conservait Crâne dans sa ligne de mire. Elle ne souriait pas. Elle avait toujours l'air d'un automate. D'un genre plus vert, écolo et d'une froide beauté.

- Quoiqu'il advienne, je resterai auprès de Marisa. Je ne dépends pas d'elle, mais cela n'en fait pas moins mon unique protégée. Alors si jamais il lui arrive malheur entre ces murs, gare à vous et à vos proches : je ne chercherai pas à faire de différence.

Les yeux de la fermière s'arrondirent d'effroi. Sylvia ne s'était pas gênée pour menacer leur hôte royal. Choquée par ce manque de tact, elle porta les mains à ses lèvres.

- Je n'ai rien contre vous, reprit la Dryade. Pas encore, devrais-je dire. Mais vous êtes quelqu'un de puissant. Physiquement, mentalement et magiquement parlant. Par-dessus tout, vous avez une indéniable affinité avec le feu. Je ne peux donc pas me permettre de faire dans la demi-mesure avec vous au risque de m'en brûler les feuilles. Ce qui, en retour, vous coûterait extrêmement cher - entendez-le bien.

Il y eut un silence. Yggdrasia baissa la main avant de jeter un regard en coin à sa préférée.
Marisa se décontracta tout de suite en comprenant qu'elle l'autorisait à prendre la parole.
Elle dut tout d'abord avaler une bonne goulée d'air : le culot de Sylvia ayant eu pour effet indigeste de lui couper inconsciemment l'arrivée d'air.

- Euhm... Bon ! Je crois que les présentations sont faites, pas vrai ?

Elle se forçait à sourire dans le maigre espoir de contaminer son entourage. Vu les circonstances, elle-même n'y croyait pas trop...

- Alors... pour répondre à vos questions...

- Ne te sens pas obligée.

- Quoi ? M-mais si ! J'insiste ! Je le veux !

- Alors ne tourne pas autour du pot, Pyra. Je te rappelle que tu as toujours besoin de repos. Et que le temps, ici bas, nous est compté avant cette... réunion de famille.

- D'accord, d'accord, grommela la fermière, les joues gonflées. On croirait entendre ma mère...

Pour cette fois, Yggdrasia eut la délicatesse de s'abstenir de tout commentaire. C'était un sujet sensible que Marisa venait de mettre sur la table.

- Je peux manger de tout, finit par déclarer la demi-pyrône. Y compris ce qui est très épicé. J'ai l'estomac solide ! ( Elle tourna un regard vers sa gardienne. ) Quand nous sommes séparées, Pot de Sève vit essentiellement de lumière et d'eau. Mais en cas de pépin, je peux toujours... ( Elle hésita. ) Avec la bonne personne...

- J'aimerais, dans la mesure du possible, que tu te gardes de copuler entre ces murs pour assurer ma subsistance.

Marisa aurait bien voulu dire qu'elle n'en pensait pas moins, mais ses pensées avaient tendance à louvoyer autour du dénommé Samkiel. Elle s'en voulut un peu. Aussi choisit-elle de faire preuve d'honnêteté en lui promettant :

- Je ferai de mon mieux pour tout le monde.

- Je n'aime pas beaucoup cette tournure de phrase...

Marisa croisa le bras sur sa poitrine.

- Et ben il va falloir t'en contenter !

La Dryade se fendit d'une moue presque indistincte.
La Fleur des Champs adressa un petit sourire navré à leur hôte.

- Désolée pour tout, vraiment. Yggdrasia est parfois surprotectrice en ce qui me concerne.

- N'exagérons rien, veux-tu ? J'agis ainsi pour préserver notre symbiose, voilà tout.

Sans elle, plus moyen de fusionner. Plus moyen de se défendre efficacement.
L'estomac de Marisa choisit ce moment pour émettre un grognement caverneux.
Les pommettes de la rouquine rosirent instantanément.
Elle avait légèrement omis le côté énergivore de sa transformation. Surtout sur le long terme.

- Euh... hi, hi... cela m'embête un peu de vous demander ça mais...

- Quand pourra-t-elle casser la croûte, exactement ?

Toujours aussi directe, la plante vivante !
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