Cette puissante province impériale, très autonome, est sous la gouvernance de la sensuelle, mais non moins redoutable, Nyotengu Hattori.
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La Crise de Rosalith [PV]

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Takeshi Hattori
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Demande de RP
L’Empire de Mijak disposait d’une grande mer intérieure. On trouvait le long de cette mer les provinces les plus riches de l’Empire, comme Papua, le Domaine Viscarion, le Tao-Bong… Ou encore le royaume de Sangbrèque. Quand l’Empire avait conquis l’une après l’autre les provinces entourant cette mer, les Mijakiens avaient commencé par prendre les Sangbréquois. Et, avec l’aide de ce redoutable royaume, ils avaient pu envahir les autres provinces.

Le royaume de Sangbrèque représentait une puissance militaire de premier plan. Sa capitale, Oriflamme, était une ville immense, reconnaissable au loin grâce à son château-fort, juché au sommet d’une falaise, qu’on croirait qu’il flotte dans le ciel. Le royaume était dirigé depuis des éons par Barnabas Tharmr. Quantité de légendes émanaient de cet homme. On disait de lui qu’il avait conquis seul le royaume de Sangbrèque, qu’il l’avait fondé en détruisant le fort qui s’y trouvait jadis à l’aide de son épée magique, « Zantetsuken ». Ces mêmes légendes affirmaient aussi que Zantetsuken était une épée légendaire, capable de détruire des forteresses. Barnabas avait volontairement accepté de rejoindre l’Empire quand les Mijakiens avaient frappé à sa porte.

Barnabas avait porté son appétit vers une micro-province située le long de la mer intérieure, l’archiduché de Rosalith. Sa prise résultait d’un imbroglio politique lié à la crise résultant de l’Olympomachie. Petite province, Rosalith abritait surtout sa capitale, qui s’appelait également Rosalith, une ville paisible réputée pour la beauté picturale de son architecture, de ses paysages, et de ses artistes. La ville était sous le règne de l’Archiduc Elwin Rosfield. Lors de l’Olympomachie, l’Archiduc avait perdu la vie. Une mort officiellement imputée aux Olympiens, mais qui résulta en réalité de sa vénéneuse épouse, Anabella Rosfield. Belle, jeune, et surtout ambitieuse, elle était la seconde épouse de l’Archiduc après la mort de sa première femme, et avait conclu un pacte avec Barnabas, prévoyant de lui céder le contrôle de Rosalith à la mort de l’archiduc. Tout ce dont Anabella avait besoin, c’était que le Conseil Impérial autorise celle-ci à assurer la régence suite à la mort d’Elwin. Une formalité, en principe…

…Sauf que l’Empereur Wismerhill était mort lors de la bataille contre les Dieux.

L’Empereur avait retrouvé la vie et la lucidité pour se retrouver à devoir combattre deux de ses anciens « alliés » : Haazhel Thorn, son conseiller magique, et Greldinard, le baron de Moork. Ceux qui avaient aidé Wismerhill à prendre le pouvoir s’étaient retournés contre lui. Ou, plutôt, l’Empereur s’était libéré de l’influence corrosive de Haazhel Thorn sur lui. Haazhel avait fait de Greldinard son nouveau pantin, et, profitant de la mort de Wismerhill, Haazhel Thorn avait fait en sorte que Greldinard devienne le nouvel Empereur. La résurrection de Wismerhill avait contrecarré les plans de Haazhel Thorn, et provoqué un schisme au sein de l’Empire, une guerre civile larvée entre les « loyalistes », fidèles à Wismerhill, et les « séparatistes », qui suivaient Greldinard.

Barnabas avait rejoint le camp de Haazhel Thorn, et Anabelle Rosfield avait bénéficié d’un décret impérial signé par Greldinard pour devenir la régente de Rosalith. Sa première décision fut de nommer Barnabas « protecteur de Rosalith ». Barnabas avait alors pris possession de Rosalith. Sa cible ? Les deux filles issues de la précédente union de Barnabas, les héritières légitimes de l’archiduché, Aelia et Linoa Rosfield. Anabella avait été incapable de les tuer lors de l’Olympomachie, car les deux héritières étaient alors à Papua pour un voyage diplomatique. La prise de pouvoir d’Anabella aurait pu être totale, mais les deux sœurs avaient réussi à s’enfuir, et avaient rejoint Papua. De là, elles avaient envoyé une lettre à Wismerhill sollicitant son aide pour sauver Rosalith.

Ce qui aurait dû être une simple crise de succession, courant entre les nobles, prenait ainsi un tournant majeur, pour être le point d'amplification de la « Deuxième Guerre Civile de Mijak », avec l'ouverture d'une seconde crise à l'ouest après la crise liée à la baronnie de Moork. La crise de Rosalith évoluait peu à peu en conflit majeur. Il était acquis que Barnabas comptait utiliser Rosalith comme avant-poste de son armée pour déferler sur les autres provinces. Les troupes papuannes s’étaient mises en ordre de marche pour reprendre Rosalith, mais l’armée papuanne était assez affaiblie. Les Papuans avaient perdu beaucoup de soldats lors de la guerre contre les Olympiens. Les regards se tournaient donc vers le Tao-Bong, qui n’avait pas encore officiellement pris position.

C’est dans ce contexte houleux que l’Empereur était attendu au Tao-Bong. Une réunion importante était prévue, puisque l’Empereur viendrait en compagnie d’autres représentantes de puissances mijakiennes, dont certaines avaient déjà rendu visite à la Shogun : Alice Korvander, Mélinda Warren, Rhian Thoris, et Daenerys Viscarion. Une réunion au sommet où Rhian était déjà présente. Proche du Tao-Bong, celle-ci avait été la première à revenir, heureuse de retrouver la Shogun, auprès de qui Rhian avait récemment rendu visite. La réunion était prévue à Ryujin-jo, la forteresse ancestrale des Marashima, le clan du Dragon, dont était issu l’ancien Shogun, et le fils de ce dernier, le Prince Takeshi Hattori, époux de la Shogun Nyotengu. Ryujin-jo était un endroit sécurisé, dans les montagnes du nord. Rhian s’y trouvait déjà, elle était venue en compagnie de Phasmaria, car c’était elle qui avait permis l’exfiltration des héritières Rosfield, et qui les avait cachées chez elle, dans son Oasis, là où il n’y avait aucun risque que des tueurs envoyés par Barnabas ne viennent les occire.

Une réunion au sommet centrale se préparait donc avec la venue du cortège impérial et de ses invités…
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Pour toute demande de RP, envoyez un MP sur mon compte central, ce sera plus simple pour moi, et, ainsi, je ne risque pas de vous oublier !

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Re: La Crise de Rosalith [PV]

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Nyotengu Hattori
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Celles et ceux qui cherchaient le pouvoir à tout prix...étaient des fous. C'était globalement la conclusion que Nyotengu aurait pu tirer de ces deux années à la tête du Shogunat, et celles à suivre promettaient d'être aussi peu reposantes, voire pire. L'Olympomachie avait été en soit une crise majeure, dont le Tao-Bong n'était pas sorti indemne, mais toute une succession était par la suite venue s'y ajouter, et chacune avait menacée, d'une façon ou d'une autre, la place et la vie de Nyotengu et de Takeshi.
Que les deux soient encore en vie et au pouvoir avait démontré leur résilience, leur détermination, mais aussi le lien fort qui les unissait désormais. Cela faisait maintenant quelques semaines que la rébellion ouverte du Clan du Dragon avait été matée**, et la répression avait été rude, non pas vis à vis des populations, mais d'un bon nombre de familles nobles. Après la victoire militaire sur les forces de Habayutsu, qui avait été tué en duel par Takeshi, Nyotengu avait lâchée ses Fantômes à la tête de contingents de Ninjas pour purger toutes les familles nobles, tous les sous-clans du Dragon qui s'étaient rangés sous la bannière des rebelles. Difficile de ne pas y voir une vengeance, que certains pouvaient qualifier de disproportionnée, à l'encontre du Clan du Dragon dans son ensemble pour le massacre de la famille de Nyotengu, plusieurs années de cela. Mais, pour la Shogun, l'objectif principal avait été de rappeler une vérité aussi ancienne que l'existence du Scorpion: quiconque l'attaque, en subira le venin.
Takeshi parcourait donc ses terres, sur lesquelles il pouvait enfin assurer son autorité, afin de remplacer les familles nobles décimées par d'autres qui étaient restées à l'écart du conflit, et entreprendre ainsi de reconstruire le Clan, débarrassé de la corruption de la Monarchie de la Rose.
Cette victoire avait sonné le glas des ambitions des séparatistes Mijakiens sur le Tao-Bong pour le moment, mais la guerre, elle, était loin d'être terminée, et sa continuité allait se discuter ici.

Nyotengu avait pour le moment installée ses quartiers à Ryujin-jo, tandis que Takeshi était parti accompagné de Sakura Hattori, l'arrière-arrière tante de Nyotengu, et Shinobigashira de ses Fantômes, ses ninjas vétérans. D'ici, la Shogun se tenait au courant des tumultes qui continuaient de se produire au delà des frontières du Tao-Bong, et il était évident que la Province Impériale allait devoir sortir de sa léthargie...l'Empereur lui même avait annoncé sa venue.
Mort durant l'Olympomachie, la disparition de Wismerhill avait plongé l'Empire dans une situation de chaos, que son retour n'avait pas suffi à endiguer, et une guerre civile faisait désormais rage, avec un front qui menaçait de s'ouvrir à l'ouest. Nyotengu était parvenue, en cherchant de l'aide auprès d'autres dirigeantes, à ramener un semblant d'ordre au sein de ses propres frontières, et maintenant, il ne faisait aucun doute que sa participation allait être demandée.
L'Empereur n'avait guère à se soucier, réellement, de l'allégeance de Nyotengu, vu que c'était des factions loyalistes qui lui avaient prêtées main-forte, là où les séparatistes avaient tenté de lui nuire. Cependant, les discussion n'en seraient certainement pas moins...potentiellement houleuses. Depuis la conquête du Tao-Bong par Mijak, il y a près de quatre siècles, aujourd'hui était la première fois qu'un Empereur daignait visiter en personne ces terres, ce qui était source de ressentiment pour une partie non négligeable de la population, à toutes les échelles de toutes les castes la composant. Le fait que Wismerhill vienne exiger que le Tao-Bong participe à l'effort de guerre pour le maintenir au pouvoir, alors qu'il était à peine perçu comme digne d'être Empereur du Tao-Bong, promettait un certain nombre de...difficultés.
Même la venue en amont de Rhian Thoris, avec qui elle avait passée une longue nuit torride, n'avait pas été suffisante pour la sortir complètement de ces pensées. La venue, désormais imminente, de l'Empereur et de bien d'autres figures des loyalistes, ne pouvait que faire accélérer son rythme cardiaque.
Dans la cour, une haire d'honneur avait été promptement organisée, environs une centaine de Samurais du Scorpion étaient alignés en ordre parfait pour saluer leur Empereur, tandis que la Shogun, flanquée de Rhian et Phasmaria, avait quand à elle sortie une de ses plus belles robes pour cette venue. Elle se demandait intérieurement si Takeshi ne tarderait pas à rentrer, si il ne s'était pas joint au passage à cette parade, dont le bruit annonçait la venue.


**cf: La Guerre des Dragons
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Wismerhill
Wismerhill
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Le cortège impérial avançait lentement sur les routes de montagne menant à Ryūjin-jō, tel un long serpent de soie, d’acier et de bannières sombres déroulé entre les cimes. Sous les sabots des chevaux et les roues cerclées de fer, les sentiers du Tao-Bong semblaient vibrer d’une mémoire ancienne, farouche, étrangère à Mijak, comme si ces terres n’avaient jamais tout à fait accepté d’appartenir à quiconque d’autre qu’à elles-mêmes. Wismerhill, lui, n’ignorait rien de cette vérité. Derrière les fastes d’une venue impériale sans précédent, derrière l’apparat soigneusement ordonné de ses gardes, de ses hérauts et de ses alliées, il y avait une réalité plus nue, plus rugueuse : il ne venait pas ici en conquérant, mais en souverain blessé, contraint de traverser les marches de son propre empire pour en recoudre à la main les lambeaux encore fumants.

Assis sur sa monture noire, drapé dans un manteau lourd où le vent des hauteurs venait battre comme une aile funéraire, il gardait les yeux levés vers la forteresse ancestrale des Marashima. Ryūjin-jō surgissait de la pierre comme un défi jeté au ciel lui-même, et sa silhouette austère, enchâssée dans le froid des montagnes, semblait moins accueillir l’Empereur que le jauger. Cela convenait à Wismerhill. Depuis son retour d’entre les morts, il avait cessé d’attendre du monde qu’il lui ouvre ses portes avec gratitude. Il savait désormais ce qu’étaient les royaumes, les peuples, les fidélités : non des dons, mais des équilibres précaires, maintenus tantôt par la force, tantôt par la foi, et le plus souvent par la peur de ce qui surviendrait si l’ordre venait à céder.

Il aurait put venir d'une façon plus spectaculaire. Il avait un immense dragon impérial comme monture, une machine de guerre gigantesque forgée par les nains durant ses aventures en tant que baron de Moork, et pouvait même se téléporter grâce aux opales qu'il avait commencé à distribuer à ses sujets, mais il n'en fit rien. Il fallait que chaque seigneur, chaque paysan, chaque citoyen le voit traverser les milles avec sobriété mais majesté. Il fallait qu'ils voient tous que leur Empereur était de retour. Avec lui venaient certains de ses plus loyaux sujets, y compris ses épouses et suzeraines des royaumes loyalistes. Le cortège était donc un rassemblement des personnes les plus importantes de l'Empire, d'où la vigilance constante de Wis', qui avait veillé à ce que nombre d'éclaireurs et de sortilèges soient déployés pour prévenir toute embuscade ou piège durant leur traversée du shogunat.

Il y avait encore, au plus secret de sa chair ressuscitée, quelque chose de Silent Hill qui ne l’avait pas quitté. Une froideur sans nom. Une lucidité douloureuse. Comme si, au moment de revenir parmi les vivants, il avait laissé derrière lui bien davantage qu’un cadavre. Il avait laissé l’ombre de l’homme qu’il avait été : l’empereur manipulé, gonflé d’orgueil, aveuglé par les poisons plus subtils que les lames, les murmures d’Haazhel Thorn, les alliances bâties sur le sable mouvant de la nécessité. Il n’était pas revenu purifié, non. Wismerhill n’était pas un saint, et ne prétendait pas le devenir. Mais il était revenu éveillé. Et cette seule différence faisait de lui un homme infiniment plus dangereux qu’avant.

À mesure que le cortège approchait des portes, il laissait son regard dériver sur les étendards qui l’accompagnaient, sur les visages des femmes et des hommes venus avec lui à cette entrevue décisive. Chacun représentait une puissance, une mémoire, une blessure de l’Empire. Chacun venait avec ses intérêts, ses fidélités, ses calculs. C’était là toute la vérité du pouvoir : même parmi les loyalistes, nul ne marchait jamais uniquement pour la couronne. Pourtant, il ne leur en voulait pas. Il n’avait plus le luxe de l’innocence. S’il voulait reprendre Mijak, il ne le ferait ni par l’illusion d’un âge d’or, ni par la nostalgie du trône intact ; il le ferait comme on reconquiert une cité en flammes, pierre après pierre, serment après serment, menace après menace.

Rosalith revenait sans cesse dans ses pensées, comme une écharde impossible à extraire. Cette petite province, qui aurait dû n’être qu’un banal imbroglio dynastique, s’était muée en point de rupture, en abcès prêt à crever sur le flanc occidental de la mer intérieure. Barnabas n’était pas seulement un prédateur profitant du désordre ; il était désormais l’un des pivots autour desquels pouvait s’ordonner la guerre civile tout entière. Si Rosalith tombait durablement dans son giron, si l’ouest s’ouvrait à son appétit, alors l’Empire n’aurait plus deux crises, mais une seule grande plaie courant d’un bout à l’autre de ses terres. Voilà pourquoi Wismerhill était venu lui-même. Non pour mendier ou pour parader. Mais parce que certaines tempêtes exigent que le souverain se montre en personne, afin que chacun comprenne que le centre tient encore.

Lorsque les premiers éclats de la haie d’honneur apparurent enfin dans la cour, il redressa imperceptiblement la tête. Une centaine de samouraïs du Scorpion se tenaient là, alignés avec cette rigueur implacable propre au Tao-Bong, et leur discipline muette valait autant avertissement qu’hommage. Le spectacle arracha à Wismerhill une pensée amère, presque ironique : il avait fallu mourir pour qu’un empereur de Mijak se décide enfin à fouler cette terre de ses propres pas. Quatre siècles de domination, et jamais la couronne n’avait pris la peine de regarder véritablement ce qu’elle exigeait d’un peuple qu’elle appelait sien. Il comprenait, à présent, ce que cela pouvait avoir semé comme ressentiment, comme patience haineuse, comme fierté blessée sous les générations d’obéissance. Il ne venait pas à un peuple oublié demander un sacrifice de plus sans rien offrir en retour. Il venait à lui parce qu’il n’était plus possible de gouverner l’Empire comme une abstraction tracée sur des cartes.

Le convoi s’immobilisa enfin dans un crissement mesuré de harnais et de métal. Wismerhill descendit de selle sans hâte, comme un homme qui n’avait plus rien à prouver à la vitesse de ses gestes. Sa haute silhouette se détacha au milieu des bannières, de l’acier poli et des étoffes battues par le vent. Les années, la guerre, la mort elle-même avaient donné à ses traits quelque chose de plus sévère, de plus creusé, mais aussi de plus souverain. Il n’y avait plus chez lui cette superbe presque juvénile qui avait autrefois accompagné sa montée vers le pouvoir ; à sa place se tenait une grandeur plus sombre, moins éclatante peut-être, mais infiniment plus solide, comme une couronne reforgée dans le deuil.

Son regard se posa alors sur la Shogun du Tao-Bong. Nyotengu se tenait là, entourée de Rhian et de Phasmaria, parée pour cette rencontre comme on se pare à la fois pour une cérémonie et pour un duel. Une beauté fatale, comme on admire un katana élégant à travers une vitre. Wismerhill la contempla un bref instant en silence, non par morgue, mais parce qu’il accordait à cet instant tout le poids qu’il méritait. Devant lui ne se trouvait pas une gouverneure provinciale venue baiser la main de son suzerain ; se tenait une souveraine qui avait survécu à ses propres tempêtes, maté ses propres rebelles, purgé ses propres nobles, et qui, dans le fracas général de l’Empire, avait réussi ce que tant d’autres n’avaient su faire : tenir. En cela, ils se ressemblaient peut-être plus qu’aucun d’eux ne l’aurait admis à voix haute.

Wismerhill s’avança alors de quelques pas, jusqu’à ce que la distance entre eux ne soit plus celle d’un cortège entrant dans une cour, mais celle de deux puissances appelées à se mesurer avant de s’entendre. Il inclina très légèrement la tête — non point assez pour s’abaisser, mais assez pour reconnaître ce qu’exigeaient l’étiquette, l’intelligence et le respect dû à la maîtresse de ces montagnes.

Lorsqu’il parla enfin, sa voix n’eut nul besoin d’être forte pour imposer le silence ; elle avait ce calme grave des hommes qui ont traversé les ténèbres et n’ont plus peur des murmures.

« Shogun Nyotengu… Je vous remercie d’avoir ouvert les portes de Ryūjin-jō à ma venue. Il aura fallu bien trop de siècles pour qu’un Empereur de Mijak se présente enfin devant le Tao-Bong en personne. Je ne commettrai pas l’insulte de feindre que ce retard n’a pas de poids. »

Il laissa ces mots exister entre eux, nets, sans les adoucir.

« L’Empire traverse l’heure la plus dangereuse de son histoire récente. Des traîtres se drapent dans la légitimité, des ambitieux profitent du sang versé pour tailler leurs royaumes dans ses frontières, et chaque province observe l’autre en se demandant si l’édifice tiendra jusqu’au lendemain. Je ne suis pas venu jusqu’ici pour exiger une obéissance vide. Je suis venu parce que le temps des distances commodes et des silences impériaux est révolu. »

Son regard glissa un instant vers les hauteurs, les remparts, les hommes en armes, avant de revenir à elle.

« Le Tao-Bong a tenu. Vous avez tenu. Cela, je le vois… et je ne l’oublierai pas. À présent, si l’Empire doit survivre à ceux qui veulent le dévorer, alors il nous faudra parler non comme des maîtres et des sujets, mais comme les gardiens d’un même monde au bord de la fracture. »

Puis il s’arrêta, laissant à la cour, à la montagne, aux témoins de cette scène le temps d’en recueillir le poids. Car Wismerhill savait que, dans les temps anciens comme dans les empires mourants, les premières paroles comptaient souvent autant que les premières batailles. Et en cet instant précis, au cœur de Ryūjin-jō, l’Empereur revenu de la mort venait moins de faire son entrée que de poser, enfin, le premier jalon de sa reconquête.

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Takeshi Hattori
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Au Tao-Bong, la guerre n’avait pas attendu la venue de l’Empereur pour se déclencher. Les efforts de Nyotengu pour gagner en respectabilité en renforçant ses liens avec des royaumes alliés avait aussi conduit les ennemis de l’intérieur à se mobiliser. Takeshi était bien placé pour savoir que la position de Nyotengu avait toujours été contestée, et que le cœur de la rébellion émanait du clan des Dragons. Pleinement investi dans son rôle, Takeshi avait fait rougeoyer sa lame contre les souvenirs de son père. Le plus troublant avait été d’apprendre que son père travaillait avec d’autres personnes, une organisation puissante qui faisait des expériences sur les yokai, et cherchait à faire muter les humains en démons. Leur cobaye parfait avait été le tristement légendaire ronin Kazan Yamaoka. Takeshi avait affronté ce dernier avec l’aide du clan Warren, et c’était d’ailleurs grâce à ces vampires qu’ils avaient obtenu les informations permettant de lier les activités de son père à celles d’autres personnes, comme le père de Vanillia Warren. Tous avaient juré depuis longtemps de servir une autre personne que l’Empereur de Mijak, le Roi Cramoisi, une servitude qui passait à travers l’ancien conseiller magique de l’Empereur, Haazhel Thorn.

Takeshi savait qu’aujourd’hui était un jour important, celui où l’Empereur de Wismerhill venait. L’intérêt était double ; pour l’Empereur, c’était un moyen de s’assurer du soutien de la Shogun, et d’en profiter pour coordonner les efforts de guerre en vue de sécuriser l’archiduché de Rosalith ; pour la Shogun, c’était le meilleur moyen de consolider son autorité. Les risques d’une révolte du peuple avaient toutefois été fortement réduits quand les expériences maléfiques de son père avaient été dévoilées. Takeshi se devait donc d’être présent aujourd’hui. Hier encore, il terminait de sécuriser la prise d’une forteresse. Si la Guerre du Dragon avait connu son tournant majeur par la prise de Ryujin-jo aux mains des rebelles suite à une habile manipulation du couple (Takeshi avait réussi à convaincre les rebelles qu’il travaillait pour eux afin d’ouvrir la forteresse imprenable de l’intérieur), il restait encore des positions ennemies marquées par la folie de son père, des villes et des forts sous le contrôle des mutants monstrueux. Takeshi avait achevé hier de purger l’un de ces lieux en compagnie de Sakura Hattori. Une bataille féroce finale avait eu lieu dans une pagode. Une femme avait été transformée en une sorte d’immense et ventripotente pondeuse, crachant des œufs libérant d’autres monstres. Un rude combat, du genre à faire paniquer Nyotengu, qui craignait toujours pour la vie de Takeshi, même si elle aurait probablement fait mettre à mort quiconque le lui aurait fait remarquer.

Après cette victoire, Sakura avait proposé à Takeshi de retourner à Ryujin-jo.

« Je m’occuperai moi-même des rites de purification, Takeshi-san. La Shogun vous attend. »

Takeshi avait toujours été là quand la Shogun recevait ses hôtes diplomatiques. En plusieurs années, elle avait su se constituer une influence et des alliées solides. Le renouvellement du traité avec les Papuans avait consolidé les positions du Shogunat, et renforcé les liens commerciaux. Takeshi se devait donc d’être là quand l’Empereur viendrait, d’autant que d’autres personnes étaient annoncées. L’Empereur avait fait une tournée des provinces impériales pour s’assurer de leur loyauté. Papua, Sylvandell, le Domaine Viscarion… Le Tao-Bong était la dernière grande province sur sa liste.

Takeshi chevaucha donc à travers la campagne, seul. C’était le genre de choses qui avaient le don d’irriter profondément sa femme, qui s’inquiétait toujours qu’il se fasse capturer, ou tombe sur des monstres. Il passa à travers une forêt composée de ginkgos, des arbres massifs ayant la particularité d’avoir un feuillage jaune. Takeshi se ressourça au temple local, puis reprit sa route, rejoignant les montagnes et les antiques ponts menant à Ryujin-jo.

Quand il arriva dans la ville, les cors et les trompettes annonçaient la venue de l’Empereur. Il savait que son épouse avait souhaité organiser une parade, ayant pour but d’impressionner leur hôte, mais aussi de célébrer sa victoire sur les rebelles du Dragon. Il portait encore son armure, lavé des traces de sang. Le jeune homme s’empressa donc de rejoindre le camp militaire où la parade s’organisait, provoquant la surprise des organisateurs, qui ne s’attendaient pas vraiment à voir le Prince arriver. Dans des cages montées sur des chariots, Takeshi vit certains des monstres qu’il avait passé son temps à tuer ces derniers mois, exhibés pour rappeler à la population contre quoi ils se battaient.

Takeshi décida de rejoindre le corps des cavaliers. Il avait combattu avec plusieurs d’entre eux, il les considérait donc comme ses frères d’armes. Ceux-ci furent même soulagés de le voir venir. Il avait été prévu que Takeshi participerait à la parade. On s’empressa donc de le nettoyer, lui ainsi que son cheval, puis Takeshi grimpa sur son cheval. Il ne pouvait nier en lui une certaine impatience. Outre le fait qu’il rejoignait enfin des lieux sanctifiés et où l’air n’était pas vicié, il allait enfin revoir Nyotengu, ainsi que leurs enfants…
DC de l'Observateur !

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Re: La Crise de Rosalith [PV]

Message par Nyotengu Hattori »

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Nyotengu Hattori
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Un Empereur qu'elle servait, mais qu'elle n'avait jamais vue en personne, se présentait donc maintenant à ses portes. Les mois et les années qui avaient suivi l’ascension de Nyotengu au rang de Shogun avaient été tumultueuses, et celles qui allaient suivre se profilaient pour l'être au moins tout autant. Sa présence au Tao-Bong avait été nécessaire, en tous temps, et Wismerhill lui même n'avait pas été non plus sans avoir à gérer ses propres défis. Mais, malgré toutes ces circonstances atténuantes, le fait demeurait que même avant cette succession de crises, jamais un Empereur n'avait daigné reposer les pieds au Tao-Bong, et le timing de cette première visite ne pouvait, au mieux, que soulever des questions. Nyotengu n'était nullement dupe toutefois, l'Empereur et Mijak étaient indissociables, et Mijak, du moins certaines de ses autres composantes, n'avaient pas été autant dans l'immobilisme. Elle devait, en parts non négligeables, son maintien au pouvoir et envie aux Korvander, aux Thoris, et aux Warren, trois familles clairement loyalistes qui, lorsque ses propres sujets avaient été dans l'expectative de la voir tomber, l'avaient aidée. Si elle était là aujourd'hui, dans cette forte position d'autorité sur ses propres terres, c'était grâce à ces liens à l'extérieur des frontières du Tao-Bong qu'elle avait pu lier, et en toute honnêteté, c'était en respect de ces liens qu'elle accueillait l'Empereur et sa cour à Ryujin-jo.

*C'est maintenant le moment de vérité.*


A quel homme allait-elle réellement avoir affaire ? Nyotengu avait bien entendu pour elle les descriptions qu'en avaient faite ses alliées, mais une fille du Scorpion n'était pas du style à prendre pour argent comptant ce qu'on lui disait.
La convoi impérial passa donc la haie d'honneur qui lui avait été faite, deux rangées de samurais, parmi ses vétérans, qui portaient pèle mêle diverses bannières représentant la maison impériale, et d'autres qui allaient assister à ce rassemblement. Le regard carmin de Nyotengu se posa alors dans celui de Wismerhill dès lors que les deux furent suffisamment proches pour clairement se distinguer, et l'Empereur ne pourrait que constater que la Shogun...le jaugeait, non pas de son apparence, mais de sa posture, ses expressions, qu'elles soient volontaires ou cachées. Nyotengu n'était de base pas celle qui avait été destinée à devenir Daimyo du Scorpion, et avait passée une bonne part de sa jeunesse à être entraînée dans les arts du Ninjutsu, dans l'optique de devenir elle même une Fantôme au service du clan. C'était cet entraînement, à jauger ses cibles avant de frapper, qui refaisait surface...ainsi qu'une certaine propension à être suspicieuse, tout le temps, de tout et de tout le monde. Elle écouta, et prêta donc attention à ses paroles, qui résonnèrent aisément dans cette ancienne forteresse haute dans les montagnes. Puis elle patienta.
De longues secondes suivirent la prise de parole de Wismerhill, et le vent, fort à ces altitudes, pesa comme la seule source de son en soufflant dans les bannières à proximité.
Et puis, lentement, Nyotengu baissa la tête, puis le haut de son corps pour se courber en direction de l'Empereur.

Mon Empereur, soyez le bienvenu au Tao-Bong.

Elle se redressa ensuite, reprenant son port altier.

Et bienvenue à vous, honorables invités. Puisse le sens de l'hospitalité de ces terres être à votre goût.

Son regard s'était alors porté sur le reste de cette assemblée, elle avait croisée certains visages familiers tandis que, cérémoniellement, d'autres figures apparurent aux côtés des samurais pour se diriger vers les membres de la cour. Une multitude de femmes, mais également quelques hommes, drapées dans de longs kimonos rouges, s'approchèrent alors des invités pour proposer leurs services d'accompagnement. Cela permit alors à Nyotengu de s'approcher de Wismerhill. Elle semblait moins froide...légèrement moins.

Je me dois de vous complimenter sur cette introduction votre Majesté. Bien qu'elle n'effacera pas des siècles d'absence impériale sur ces terres, elle était...juste à propos. Peut-être que certaines des louanges qu'on m'a dit sur votre personne sont réelles, et que vous mènerez Mijak sur une meilleure voie.

L'art de complimenter, tout en montrant que le respect n'était pas encore gagné. Le regard de Nyotengu, toutefois, se décala brièvement un peu plus au loin.

Pardonnez moi quelques instants, il semblerait que mon époux aie daigné se montrer.

Elle fila alors, à une marche assez rapide et saccadée, se dirigeant droit vers Takeshi qui se trouvait vers le reste de la cohorte. Puis, elle prit ses mains dans les siennes, et déposa un bref baiser sur ses lèvres, avant de se retirer.

Tu es en retard Takeshi, et tu n'es pas non plus paré pour une cérémonie officielle de cette ampleur. Viens, l'Empereur attends.

Ne laissant guère l'opportunité à Takeshi de répondre, Nyotengu le prit par l'une de ses mains, glissant et entremêlant ses doigts dans les siens, et serra non pas aussi fort qu'elle le pouvait, mais assez pour lui faire comprendre qu'encore une fois, il ne lui avait pas envoyé de nouvelles et qu'elle s'était faite un sang d'encre. Le couple revint donc en direction de l'Empereur.

Majesté, voici mon époux Takeshi Hattori, et Maître de ces lieux.
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Re: La Crise de Rosalith [PV]

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Wismerhill
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Le salut de Nyotengu ne ressemblait en rien à ces marques d’allégeance obséquieuses dont les cours impériales raffolaient. Il n’y avait dans son inclinaison ni soumission aveugle, ni empressement servile. La Shogun s’était courbée parce que l’ordre du monde, du moins celui qui subsistait encore, exigeait qu’elle reconnût devant tous l’autorité impériale. Mais elle s’était redressée aussitôt avec la raideur fière d’une lame que l’on pouvait incliner sans jamais parvenir à la briser.

Wismerhill n’en conçut nulle offense.

Il aurait même été déçu qu’elle agît autrement.

Ses yeux demeurèrent posés sur elle tandis que la souveraine du Tao-Bong accueillait les autres membres de la délégation. Les longues étoffes rouges des accompagnateurs se déployèrent bientôt dans la cour, mêlées aux armures sombres, aux bannières et aux ombres mouvantes projetées par les bâtiments de Ryūjin-jō. Tout ici semblait ordonné avec une précision presque martiale, jusque dans l’hospitalité. Le Tao-Bong ne recevait pas ses invités : il les absorbait temporairement dans un cérémonial dont lui seul connaissait véritablement les règles.

La remarque de Nyotengu aurait pu passer pour un compliment. Elle n’en était qu’à moitié un, et Wismerhill le savait parfaitement.

Un léger sourire effleura alors ses lèvres.

Il n’avait rien du sourire éclatant de l’homme qui venait d’être flatté. C’était une expression plus mince, plus obscure, où se mêlaient une certaine approbation et cette ironie lasse que lui avaient laissée les années de guerre, de trahison et de mort.

— Les louanges sont des monnaies commodes, Shogun. Elles s’échangent facilement et ne coûtent presque rien à ceux qui les offrent.

Sa voix resta mesurée, assez basse pour ne pas transformer leur échange en déclaration publique, mais suffisamment claire pour que Nyotengu ne pût en perdre un mot.

— Je préfère que vous jugiez ce que je ferai plutôt que ce que d’autres auront choisi de vous raconter à mon sujet. Les siècles d’absence dont vous parlez ne seront pas corrigés par un discours, pas davantage que les fautes d’un empire ne s’effacent parce que son souverain daigne enfin les reconnaître. Il faudra davantage que des paroles. J’en ai conscience.

Il lui accorda une brève inclinaison du menton, comme pour prendre acte du défi qu’elle venait de lui lancer sous la forme raffinée d’un compliment.

— Quant à mener Mijak vers une meilleure voie… Il me suffirait déjà, dans un premier temps, de l’empêcher de se précipiter tout entier dans l’abîme.

La phrase avait été prononcée avec une sécheresse presque amusée, mais le poids de ce qu’elle recouvrait ne prêtait guère au sourire. La guerre civile n’était pas une abstraction lointaine, pas plus qu’une querelle entre ambitieux que quelques exécutions bien choisies auraient suffi à résoudre. Chaque semaine apportait ses défections, ses provinces hésitantes, ses nobles soudainement pris d’une vocation pour l’indépendance. Haazhel Thorn et Greldinard n’avaient pas seulement contesté son trône ; ils avaient rappelé à tous ceux qui rêvaient depuis longtemps de s’affranchir que l’Empire pouvait saigner.

Et lorsque les empires saignaient, les charognards ne tardaient jamais.

Nyotengu détourna alors les yeux, attirée par une agitation au sein de la cohorte. Wismerhill suivit son regard sans commentaire. Il distingua bientôt le cavalier qui venait de rejoindre les troupes, vêtu non comme un prince s’apprêtant à recevoir son empereur, mais comme un homme revenant à peine d’un champ de bataille.

L’armure avait été nettoyée, mais elle conservait la fatigue du combat.

Il y avait des choses que l’eau ne lavait pas.

Wismerhill observa en silence la Shogun traverser la cour. Sa démarche rapide contrastait avec la lenteur calculée qu’elle avait déployée devant lui. Lorsqu’elle rejoignit Takeshi et lui saisit les mains, le geste révéla davantage que tous les discours officiels qu’ils auraient pu prononcer sur leur union.

L’Empereur reconnut aussitôt ce mélange singulier d’affection, d’irritation et de soulagement que seuls savaient susciter ceux que l’on avait craint de perdre.

Il détourna pudiquement le regard lors du bref baiser, laissant son attention glisser sur la parade.

Ce qu’il vit alors dans les cages rendit ses traits plus graves.

Les créatures exhibées sur les chariots n’étaient pas des bêtes ordinaires ramenées des confins d’une province sauvage. Leur monstruosité portait la marque d’une intention. Certaines avaient conservé dans la forme de leurs membres, dans la disposition presque humaine de leurs yeux ou dans les lambeaux de vêtements accrochés à leurs chairs, les vestiges de ce qu’elles avaient été avant que quelqu’un ne décidât de les transformer.

Wismerhill s’approcha de quelques pas.

Son regard s’attarda sur l’une des cages, non avec répulsion, mais avec cette froide attention qu’il réservait aux choses dont il entendait découvrir l’origine avant de les détruire.

Le Roi Cramoisi.

Encore lui.

Le nom n’avait pas été prononcé, mais sa présence se devinait derrière les mutations, derrière les expériences et derrière la corruption de ceux qui avaient choisi de le servir. Haazhel Thorn n’avait jamais été qu’un conseiller. Il avait toujours été une porte entrouverte sur quelque chose de plus vaste, de plus ancien, et d’infiniment plus patient que les ambitions dérisoires des hommes.

Combien de fois Wismerhill avait-il cru agir de son propre chef alors que d’autres mains déplaçaient les pièces autour de lui ?

Combien de victoires avaient préparé des désastres dont il ne comprenait que maintenant la véritable nature ?

Son poing se referma lentement sous son manteau.

Silent Hill lui avait appris que certains monstres ne se terraient pas dans les ruines ou les ténèbres. Ils naissaient des fautes que l’on refusait de regarder, des pactes dont on niait le prix, et des vérités enterrées jusqu’à ce qu’elles trouvent elles-mêmes le moyen de remonter à la surface.

La voix de Nyotengu le ramena au présent.

Le couple revenait vers lui, les doigts toujours entrelacés. La Shogun présenta son époux avec une solennité retrouvée, quoique Wismerhill pût encore percevoir, dans la façon dont elle retenait la main de Takeshi, la trace de l’inquiétude qu’elle dissimulait derrière son autorité.

L’Empereur examina le prince.

Il était jeune, plus jeune sans doute que ne l’étaient nombre de ceux qui prétendaient déjà connaître toutes les charges du commandement. Pourtant, il portait sur lui cette gravité particulière que la guerre imposait à ceux qu’elle avait cessé d’épargner. Il n’avait pas l’allure d’un courtisan. Il se tenait comme un guerrier qui savait ce qu’il avait dû tuer pour pouvoir rentrer chez lui.

Wismerhill appréciait cela.

Les courtisans étaient nombreux à la cour impériale. Les hommes qui agissaient lorsque le monde s’effondrait l’étaient beaucoup moins.

Il s’avança vers Takeshi, puis inclina légèrement la tête. Ce n’était pas le salut d’un empereur à un égal, mais ce n’était pas davantage l’indifférence hautaine qu’un souverain aurait pu réserver au simple époux d’une vassale.

— Prince Takeshi Hattori.

Son regard glissa sur l’armure, sur les traces d’usure, puis vers les cages visibles au-delà de son épaule.

— Il semblerait que vous ayez choisi de venir à ma rencontre directement depuis la guerre. Je ne vous en tiendrai pas rigueur. Dans les circonstances présentes, je me méfierais presque davantage d’un homme arrivant parfaitement parfumé et vêtu de soie que de celui qui porte encore sur son armure les marques de ce qu’il vient d’affronter.

Une ombre d’humour passa dans ses yeux, mais disparut rapidement.

— Les rapports qui me sont parvenus évoquaient une rébellion, des expériences menées sur les yokai, ainsi que des hommes transformés en abominations. Je constate qu’ils ne péchaient pas par exagération.

Wismerhill tourna brièvement la tête vers les monstres enfermés.

— Haazhel Thorn a passé bien des années à me faire croire que chaque horreur qu’il déposait sur mon chemin était un mal nécessaire. Une arme destinée à assurer la stabilité de l’Empire. Une concession exigée par la grandeur. Une atrocité dont le poids pouvait être pardonné dès lors qu’elle servait une victoire plus importante.

Ses traits se durcirent.

— Je reconnais désormais sa méthode. Il offre aux hommes ce qu’ils désirent, puis leur apprend à ne plus distinguer leur volonté de la sienne. Votre père semble avoir suivi le même chemin que beaucoup d’autres avant lui.

Il ne prononça aucun jugement supplémentaire sur Habayutsu. Ce n’était ni le lieu ni le moment d’expliquer à Takeshi ce qu’il devait éprouver pour le père qu’il avait tué. Wismerhill connaissait assez les liens du sang pour savoir qu’une trahison ne les rompait jamais proprement. Même lorsqu’on abattait celui qui nous avait engendré, quelque chose de lui continuait à vivre dans la blessure laissée derrière.

Son regard revint sur le jeune prince.

— Vous avez cependant accompli ce que beaucoup d’héritiers n’auraient pas eu la force d’accomplir. Vous avez choisi votre peuple plutôt que les crimes de votre lignée. Vous avez combattu les vôtres lorsque les vôtres avaient cessé d’être dignes de votre loyauté.

Il marqua une courte pause.

— Ce genre de choix ne rend pas un homme plus pur. Il le rend seulement plus conscient du prix de son devoir.

Les doigts de Wismerhill se posèrent un instant sur le pommeau d’Adamantine, moins comme une menace que comme un réflexe né de trop nombreux souvenirs.

— Mijak aura besoin de cette lucidité.

Il considéra alors Nyotengu et Takeshi ensemble. Leur allégeance ne serait pas seulement une question de soldats ou de navires. Le Tao-Bong contrôlait une position essentielle sur la mer intérieure, possédait des guerriers aguerris, des réseaux d’espionnage, ainsi qu’une expérience récente des méthodes employées par les serviteurs du Roi Cramoisi. Leur importance dépassait de loin le seul conflit de Rosalith.

Et c’était précisément pour cette raison que Wismerhill ne pouvait se contenter d’obtenir leur obéissance. Une allégeance imposée tiendrait jusqu’à la première défaite. Une alliance forgée sur une compréhension commune de l’ennemi survivrait peut-être à plusieurs guerres.

— Votre victoire sur le Clan du Dragon mérite d’être honorée, reprit-il. Mais je crains qu’elle ne soit pas la conclusion de cette crise. Seulement la révélation de ce qui se dissimulait derrière elle.

Il désigna les cages d’un lent mouvement de la main.

— Ces créatures n’ont pas été conçues uniquement pour renverser le Shogunat. Elles témoignent d’un projet plus vaste. Le même ennemi agit à Moork, à Rosalith, et probablement dans d’autres provinces où nous ne percevons encore que des incidents isolés. Haazhel ne cherche pas simplement à installer Greldinard sur mon trône. Il fragmente Mijak afin que chaque province soit trop occupée à survivre pour comprendre ce qui se lève derrière la guerre civile.

Le vent se renforça autour d’eux. Les bannières claquèrent avec violence, comme si la forteresse elle-même ponctuait ses paroles.

— Barnabas s’est emparé de Rosalith. Il dispose désormais d’un avant-poste depuis lequel il peut frapper Papua, menacer les routes maritimes et rallier les nobles hésitants à la cause séparatiste. Les forces papuannes se préparent à intervenir, mais elles ont déjà versé beaucoup de sang durant l’Olympomachie. Elles ne pourront soutenir seules une longue campagne contre Sangbrèque.

Wismerhill ne détourna pas les yeux de Nyotengu.

— Je solliciterai donc l’aide du Tao-Bong. Je ne vous le cacherai pas derrière des formules diplomatiques. J’aurai besoin de vos navires, de vos combattants, et probablement de vos Fantômes. Mais je ne suis pas venu vous ordonner de sacrifier vos forces pour préserver ma couronne.

Il laissa un silence bref s’installer.

— Si Barnabas consolide sa position à Rosalith, le Tao-Bong sera tôt ou tard menacé. S’il contrôle l’ouest de la mer intérieure, il pourra étrangler le commerce papuan, isoler vos alliés et choisir lui-même le moment où il portera la guerre jusqu’à vos frontières. Ce combat concerne mon trône, certes. Mais il concerne également tout ce que vous venez de reconstruire.

Il regarda de nouveau les cages.

— Et si ces expériences sont liées aux mêmes puissances qui soutiennent Barnabas et Greldinard, alors reprendre Rosalith ne suffira pas. Il nous faudra découvrir où ces créatures sont conçues, qui supervise les mutations et jusqu’où s’étend le réseau du Roi Cramoisi.

L’Empereur s’immobilisa devant le couple.

— Voilà pourquoi je suis venu au Tao-Bong. Non uniquement pour recevoir votre serment, Shogun. Non uniquement pour vous demander une armée. Je suis venu parce que vous avez affronté une partie de l’ennemi que je cherche encore à comprendre.

Son regard passa de Nyotengu à Takeshi.

— Nous parlerons de Rosalith. Nous parlerons de la guerre civile. Mais je souhaite également entendre tout ce que vous avez appris sur les expériences menées ici, sur Kazan Yamaoka, sur les complices d’Habayutsu et sur les liens qui les unissaient à Haazhel Thorn.

La dureté de ses traits se relâcha légèrement.

— Toutefois, ces conversations pourront attendre que nous ayons franchi le seuil de votre demeure. Je viens d’arriver, le Prince revient du combat, et la Shogun semble hésiter entre célébrer son retour et le faire exécuter pour avoir négligé de lui donner des nouvelles.

Le regard de Wismerhill se posa un instant sur leurs mains jointes, avant qu’un sourire discret ne réapparaisse sur ses lèvres.

— Ayant moi-même épousé une Korvander, je ne saurais que vous conseiller la plus grande prudence, Prince Takeshi. Les femmes capables de gouverner un royaume se montrent rarement indulgentes envers les imprudences de leur époux.

La plaisanterie était légère, mais elle avait aussi valeur de reconnaissance. Pour la première fois depuis son arrivée, Wismerhill ne s’adressait plus seulement à des vassaux ou à des alliés potentiels.

Il parlait à deux êtres qui, comme lui, avaient vu leur propre pouvoir menacé par ceux auxquels ils auraient dû pouvoir se fier. Deux souverains qui avaient survécu à la trahison, aux monstres et aux guerres intestines.

Il tendit finalement une main gantée vers l’entrée de Ryūjin-jō.

— Conduisez-nous donc, Shogun. Cette forteresse a suffisamment vu de sang pour aujourd’hui. Voyons si ses murs savent encore abriter autre chose que la guerre.
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